Avec plus de 170 000 accidents par an selon les données de la CNAM, les chutes de plain-pied (glissades, trébuchements, faux pas) constituent la première cause d’accident du travail en France, tous secteurs confondus. Souvent banalisé, ce risque peut entraîner des lésions graves et représente un coût considérable pour les employeurs.
Un risque sous-estimé aux conséquences réelles
Les chutes de plain-pied ne se résument pas à de simples glissades sans gravité. Les statistiques de la CNAM montrent que ce type d’accident génère en moyenne 60 jours d’arrêt de travail et représente la deuxième cause de décès au travail après les chutes de hauteur.
Les lésions les plus fréquentes sont les entorses, les fractures (poignet, cheville, col du fémur), les traumatismes crâniens et les lésions du rachis. Pour l’employeur, le coût moyen d’une chute de plain-pied est estimé à environ 10 000 euros en coûts directs (IJ, rente, soins), auxquels s’ajoutent les coûts indirects (remplacement, perte de production).
Les causes principales identifiées
L’INRS identifie plusieurs familles de causes :
Facteurs liés au sol : revêtements glissants, sols mouillés ou gras, dénivellations non signalées, câbles ou objets au sol, revêtements dégradés.
Facteurs liés à l’environnement : éclairage insuffisant, encombrement des voies de circulation, conditions météorologiques (verglas, pluie).
Facteurs organisationnels : précipitation, port de charges encombrant la vision, chaussures inadaptées, absence de procédures de nettoyage.
Facteurs individuels : fatigue, vieillissement, troubles visuels, prise de médicaments.
Les obligations réglementaires de l’employeur
Le Code du travail impose plusieurs obligations relatives à la prévention des chutes :
Article R. 4224-3 : Les lieux de travail intérieurs et extérieurs doivent être aménagés de telle façon que la circulation des piétons puisse se faire de manière sûre.
Article R. 4224-4 : Les postes de travail extérieurs sont aménagés de telle sorte que les travailleurs puissent rapidement quitter leur poste en cas de danger et puissent être rapidement secourus.
Article R. 4224-18 : Les sols des locaux de travail et des passages doivent être maintenus dans un bon état de propreté. Quand les opérations effectuées comportent l’emploi de substances liquides, les sols doivent être imperméables et disposer d’une pente suffisante pour permettre l’écoulement.
Évaluer le risque dans le DUERP
L’évaluation du risque de chute de plain-pied dans le DUERP doit être réalisée par unité de travail et tenir compte des situations réelles. L’employeur doit identifier :
– Les zones à risque (entrées, cuisines, ateliers, zones de stockage, parkings) ;
– Les situations à risque (déplacements avec charges, passages intérieur/extérieur) ;
– Les populations exposées (salariés, intérimaires, visiteurs).
Les mesures de prévention concrètes
La prévention des chutes de plain-pied repose sur des mesures simples et efficaces :
– Entretien des sols : nettoyage régulier, réparation rapide des dégradations, traitement antidérapant des surfaces glissantes ;
– Organisation des circulations : dégagement des voies de passage, rangement systématique, signalisation des obstacles et dénivellations ;
– Éclairage : éclairage suffisant des zones de circulation, y compris les escaliers et zones extérieures ;
– Chaussures : mise à disposition de chaussures de sécurité à semelles antidérapantes adaptées au poste de travail ;
– Formation et sensibilisation : intégration du risque de chute dans les formations sécurité.
L’impact sur la tarification AT/MP
Compte tenu de leur fréquence, les chutes de plain-pied pèsent lourdement sur le compte AT/MP de l’entreprise. Pour une entreprise de 100 salariés, deux ou trois chutes de plain-pied par an avec arrêt peuvent augmenter significativement le taux de cotisation.
La prévention des chutes constitue donc un levier direct de maîtrise des coûts AT/MP et peut justifier l’obtention d’une ristourne CARSAT pour les entreprises qui démontrent des résultats.
Ce qu’il faut retenir
Les chutes de plain-pied sont le premier AT en fréquence et un risque souvent sous-estimé. L’employeur doit les intégrer dans le DUERP, maintenir les sols en bon état, organiser les circulations et fournir des chaussures adaptées. La prévention de ce risque est un levier efficace de réduction des coûts AT/MP et peut bénéficier de subventions CARSAT.