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Le guide complet du CSE en 2026 : élections, attributions et fonctionnement

✍️ Par  Sofiane Coly, avocat associé 📅 1er avril 2026 ⏱️ 18 min de lecture 📖 ~3 500 mots

Le Comité Social et Économique (CSE) est l'instance unique de représentation du personnel dans les entreprises d'au moins 11 salariés. Issu des ordonnances Macron du 22 septembre 2017, il a remplacé les délégués du personnel, le comité d'entreprise et le CHSCT. En 2026, après un premier cycle complet de mandats, les entreprises abordent désormais les deuxièmes ou troisièmes élections depuis la mise en place du CSE, avec une jurisprudence qui s'est considérablement enrichie.

Ce guide s'adresse aux employeurs, DRH et responsables des relations sociales qui souhaitent maîtriser l'ensemble des obligations liées au CSE : de l'organisation des élections au fonctionnement quotidien, en passant par les budgets, les consultations obligatoires et la gestion du statut de salarié protégé. Mis à jour en avril 2026, il intègre les dernières évolutions législatives et les décisions récentes de la Cour de cassation.

1. Le CSE : présentation et seuils d'effectif

L'article L.2311-2 du Code du travail impose la mise en place d'un CSE dans toutes les entreprises dont l'effectif atteint au moins 11 salariés pendant 12 mois consécutifs. Ce seuil s'apprécie conformément aux règles de calcul prévues aux articles L.1111-2 et L.1111-3 du Code du travail.

Calcul de l'effectif

Le calcul de l'effectif obéit à des règles précises qui diffèrent selon le type de contrat :

💡 Bon à savoir

Le franchissement du seuil de 11 salariés doit être continu pendant 12 mois consécutifs. Si l'effectif repasse sous le seuil avant la fin de cette période, le compteur est remis à zéro. En revanche, une fois le CSE mis en place, la baisse de l'effectif sous 11 salariés ne met pas fin automatiquement aux mandats en cours.

Le procès-verbal de carence

Lorsque l'employeur a organisé les élections mais qu'aucun candidat ne s'est présenté (ou que le quorum n'a pas été atteint au second tour), il doit établir un procès-verbal de carence conformément à l'article L.2314-9 du Code du travail. Ce PV doit être transmis à l'inspecteur du travail et au CTEP (Centre de traitement des élections professionnelles) dans les 15 jours suivant le second tour.

⚠️ Attention — Conséquences de l'absence de PV de carence

L'absence de CSE sans PV de carence valide expose l'employeur à de lourdes conséquences : délit d'entrave (1 an d'emprisonnement, 7 500 € d'amende), perte du bénéfice de la réduction générale de cotisations patronales (article L.241-13 du CSS) et risque de redressement URSSAF. Les salariés peuvent également saisir le juge pour obtenir des dommages-intérêts.

2. Élections du CSE : organisation et protocole préélectoral

L'organisation des élections professionnelles est une obligation qui incombe à l'employeur. Celui-ci doit informer le personnel par tout moyen de l'organisation des élections et inviter les organisations syndicales à négocier le protocole d'accord préélectoral (PAP) conformément à l'article L.2314-4 du Code du travail.

Le protocole d'accord préélectoral (PAP)

Le PAP est un accord négocié entre l'employeur et les organisations syndicales intéressées. Il fixe les modalités pratiques du scrutin :

Le PAP est conclu selon les règles de double majorité : il doit être signé par la majorité des organisations syndicales ayant participé à la négociation, dont les organisations syndicales représentatives ayant recueilli la majorité des suffrages exprimés lors des dernières élections. À défaut d'accord, c'est le tribunal judiciaire qui tranche.

Le déroulement du scrutin

Le scrutin est un scrutin de liste à deux tours avec représentation proportionnelle à la plus forte moyenne. Au premier tour, seules les organisations syndicales peuvent présenter des listes. Si le quorum n'est pas atteint (moins de 50 % des électeurs inscrits) ou si tous les sièges ne sont pas pourvus, un second tour est organisé dans les 15 jours, ouvert aux candidatures libres.

⚖️ Jurisprudence — Cass. soc., 25 novembre 2020, n°19-18.681

La Cour de cassation a jugé que la règle de représentation équilibrée femmes-hommes (article L.2314-30 du Code du travail) s'applique strictement : les listes de candidats doivent respecter la proportion de femmes et d'hommes de chaque collège électoral. Le non-respect de cette règle entraîne l'annulation de l'élection du ou des candidats en surnombre du sexe surreprésenté.

💡 Calendrier type des élections

J-90 : information du personnel et invitation des syndicats à négocier le PAP. J-60 : première réunion de négociation du PAP. J-30 : affichage des listes électorales. J-15 : date limite de dépôt des candidatures (1er tour). J : premier tour. J+15 : second tour (si nécessaire). J+15 à J+30 : proclamation des résultats et transmission des PV au CTEP.

3. Attributions du CSE selon l'effectif

Les attributions du CSE varient considérablement selon que l'entreprise compte moins de 50 salariés ou 50 salariés et plus. Cette distinction est fondamentale pour l'employeur, car elle détermine l'étendue des obligations de consultation et d'information.

Entreprises de 11 à 49 salariés

Dans les entreprises de moins de 50 salariés, le CSE reprend les anciennes attributions des délégués du personnel. Sa mission principale est de présenter à l'employeur les réclamations individuelles ou collectives relatives aux salaires, à l'application du Code du travail et des conventions collectives (article L.2312-5 du Code du travail).

Entreprises de 50 salariés et plus

À partir de 50 salariés, le CSE dispose de l'ensemble des attributions : il reprend les compétences de l'ancien comité d'entreprise et du CHSCT, en plus des réclamations. Il est consulté de manière récurrente et ponctuelle sur les décisions stratégiques de l'entreprise.

⚖️ Jurisprudence — Cass. soc., 17 avril 2019, n°17-31.127

La Cour de cassation rappelle que l'employeur qui prend une décision relevant du champ de consultation du CSE sans avoir préalablement consulté l'instance commet un délit d'entrave. Les élus peuvent saisir le juge des référés pour obtenir la suspension de la décision jusqu'à régularisation de la consultation.

4. Les trois consultations récurrentes obligatoires

Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, le CSE est obligatoirement consulté chaque année sur trois grands thèmes prévus par l'article L.2312-17 du Code du travail. Un accord collectif peut aménager la périodicité (jusqu'à 3 ans) et le contenu de ces consultations.

1. Orientations stratégiques de l'entreprise

Cette consultation porte sur les orientations stratégiques définies par l'organe de direction et leurs conséquences sur l'activité, l'emploi, l'organisation du travail et le recours à la sous-traitance (article L.2312-24). Le CSE émet un avis et peut proposer des orientations alternatives. L'employeur doit répondre de manière argumentée à l'avis du CSE.

2. Situation économique et financière

L'employeur présente au CSE les comptes annuels, le rapport de gestion, les documents prévisionnels et la politique de recherche et développement technologique (article L.2312-25). Le CSE peut recourir à un expert-comptable financé intégralement par l'employeur pour analyser ces documents.

3. Politique sociale, conditions de travail et emploi

C'est la consultation la plus large. Elle couvre : le programme pluriannuel de formation, les actions de formation, l'apprentissage, les conditions d'accueil des stagiaires, la durée du travail, l'égalité professionnelle femmes-hommes, le bilan social (entreprises de 300 salariés et plus), les conditions de travail et la prévention des risques (article L.2312-26 et suivants).

⚠️ Attention — Délai de consultation

À défaut d'accord, le CSE dispose d'un délai d'un mois pour rendre son avis à compter de la communication des informations nécessaires (porté à 2 mois en cas de recours à un expert, 3 mois en cas d'intervention d'une ou plusieurs expertises dans le cadre d'une consultation se déroulant à la fois au niveau du comité central et des comités d'établissement). Passé ce délai, le CSE est réputé avoir été consulté et avoir rendu un avis négatif.

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5. Budget du CSE : fonctionnement et ASC

Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, le CSE dispose de deux budgets distincts : la subvention de fonctionnement et la contribution aux activités sociales et culturelles (ASC). L'article L.2315-61 du Code du travail fixe les règles applicables au budget de fonctionnement.

Le budget de fonctionnement (0,20 %)

L'employeur verse au CSE une subvention de fonctionnement égale à :

La masse salariale brute correspond à l'ensemble des gains et rémunérations soumis à cotisations de sécurité sociale au sens de l'article L.242-1 du Code de la sécurité sociale, à l'exception des indemnités versées à l'occasion de la rupture du CDI. Ce budget finance les dépenses de fonctionnement du CSE : formation des élus, frais d'expertise, frais juridiques, documentation, déplacements, etc.

La subvention ASC

Contrairement au budget de fonctionnement, la loi ne fixe pas de montant minimum pour la subvention ASC. Son montant est déterminé par accord d'entreprise, usage ou engagement unilatéral de l'employeur. L'article L.2312-81 du Code du travail précise toutefois que la contribution ne peut être inférieure au rapport entre le montant annuel versé l'année précédente et la masse salariale brute de cette même année (principe du maintien du rapport).

Transferts entre budgets

Le CSE peut transférer une partie de l'excédent annuel de chaque budget vers l'autre, dans la limite de 10 % de l'excédent (articles L.2315-61 et R.2315-31-1). Ce transfert doit être décidé par une délibération du CSE et doit figurer dans les comptes annuels.

💡 Obligation comptable

Depuis les ordonnances de 2017, le CSE est soumis à des obligations comptables proportionnées à sa taille. Les CSE dont les ressources annuelles dépassent 153 000 € doivent tenir une comptabilité selon les règles du plan comptable et désigner un commissaire aux comptes. Les plus petits CSE peuvent opter pour une comptabilité ultra-simplifiée (livre de recettes-dépenses).

6. Les commissions du CSE

Le CSE peut mettre en place des commissions pour préparer ses délibérations et faciliter l'exercice de ses missions. Certaines commissions sont obligatoires en fonction des seuils d'effectif.

La CSSCT (Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail)

La mise en place d'une CSSCT est obligatoire dans les entreprises et établissements d'au moins 300 salariés, ainsi que dans les établissements classés SEVESO, les installations nucléaires et les sites présentant des risques particuliers (article L.2315-36 du Code du travail). L'inspecteur du travail peut également imposer la création d'une CSSCT dans les entreprises de moins de 300 salariés lorsque la nature des risques le justifie.

La CSSCT est composée d'au minimum 3 membres désignés par le CSE parmi ses membres, dont au moins un représentant du collège cadres. Elle est présidée par l'employeur ou son représentant. Elle exerce, par délégation du CSE, tout ou partie des attributions relatives à la santé, la sécurité et les conditions de travail, à l'exception du recours à l'expertise et des attributions consultatives qui restent de la compétence exclusive du CSE.

Les autres commissions obligatoires (entreprises de 300 salariés et plus)

Commission économique (entreprises de 1 000 salariés et plus)

Dans les entreprises d'au moins 1 000 salariés, une commission économique est obligatoirement constituée au sein du CSE. Elle est chargée d'étudier les documents économiques et financiers recueillis par le CSE et toute question soumise par celui-ci (article L.2315-46).

💡 Accord collectif et commissions

Un accord d'entreprise majoritaire peut modifier les règles de mise en place et de fonctionnement des commissions : nombre de membres, attributions déléguées, moyens alloués. L'accord peut également créer des commissions supplémentaires sur des thèmes librement choisis (handicap, RSE, qualité de vie au travail, etc.).

7. Protection des élus : statut de salarié protégé

Les membres élus du CSE, titulaires et suppléants, bénéficient du statut de salarié protégé prévu par l'article L.2411-1 du Code du travail. Cette protection vise à garantir l'indépendance des représentants du personnel dans l'exercice de leur mandat.

Étendue de la protection

Le statut protecteur s'applique pendant toute la durée du mandat et se prolonge 6 mois après l'expiration du mandat pour les élus titulaires, et pendant les 6 mois suivant la fin du mandat pour les suppléants. Les candidats aux élections sont protégés pendant 6 mois à compter de la publication des candidatures, même s'ils ne sont pas élus.

La procédure d'autorisation de licenciement

L'employeur doit d'abord convoquer le salarié à un entretien préalable, puis consulter le CSE sur le projet de licenciement (sauf si le salarié est le seul élu). Enfin, il adresse une demande d'autorisation à l'inspecteur du travail, qui dispose de 2 mois pour statuer. L'inspecteur vérifie que le licenciement n'est pas lié au mandat et que la procédure a été respectée.

⚖️ Jurisprudence — Cass. soc., 8 mars 2023, n°21-19.956

La Cour de cassation rappelle que le licenciement d'un salarié protégé prononcé sans autorisation de l'inspecteur du travail est nul de plein droit. Le salarié a droit à sa réintégration et au paiement d'une indemnité correspondant aux salaires qu'il aurait dû percevoir entre le licenciement et la réintégration, sans déduction des revenus de remplacement perçus.

⚠️ Risque financier majeur pour l'employeur

La nullité du licenciement d'un salarié protégé est l'un des contentieux les plus coûteux en droit du travail. L'indemnité de réintégration couvre l'intégralité des salaires perdus, sans plafond et sans déduction. Si la procédure prud'homale dure 2 ou 3 ans, l'indemnité peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros. À cela s'ajoutent les dommages-intérêts pour violation du statut protecteur.

8. BDESE : contenu, mise à jour et accès

La Base de Données Économiques, Sociales et Environnementales (BDESE) est le support principal de l'information-consultation du CSE dans les entreprises d'au moins 50 salariés. Prévue par l'article L.2312-36 du Code du travail, elle rassemble l'ensemble des informations nécessaires aux consultations récurrentes et ponctuelles.

Contenu obligatoire de la BDESE

À défaut d'accord collectif définissant un contenu adapté, la BDESE doit comporter les rubriques suivantes (article R.2312-8 et R.2312-9 du Code du travail) :

Mise à jour et périodicité

La BDESE doit être régulièrement mise à jour. Les informations portent sur l'année en cours, les deux années précédentes et intègrent les perspectives pour les trois années suivantes (sous forme de tendances ou de données chiffrées selon les cas). L'employeur informe les membres du CSE de toute mise à jour de la BDESE.

Accès et confidentialité

La BDESE est accessible en permanence aux membres du CSE (titulaires et suppléants) ainsi qu'aux délégués syndicaux. Elle peut être mise à disposition sur un support informatique (intranet, plateforme dédiée) ou sur support papier. Certaines informations peuvent être classées comme confidentielles par l'employeur : dans ce cas, les membres du CSE sont tenus à une obligation de discrétion (article L.2315-3 du Code du travail).

⚖️ Jurisprudence — Cass. soc., 6 mars 2024, n°22-21.028

La Cour de cassation a jugé que l'employeur qui ne met pas à disposition du CSE une BDESE complète et à jour ne peut se prévaloir de l'expiration du délai de consultation pour considérer que le CSE a rendu un avis négatif implicite. Le délai de consultation ne commence à courir qu'à compter de la mise à disposition effective de l'ensemble des informations nécessaires.

💡 BDESE et accord collectif

Un accord d'entreprise majoritaire peut adapter le contenu et les modalités de la BDESE : rubriques, niveau de détail, support technique, conditions d'accès. C'est une opportunité pour l'employeur de structurer l'information de manière plus pertinente et opérationnelle, tout en sécurisant juridiquement le processus de consultation.

9. Nos conseils pour une gestion sereine des relations avec le CSE

Après avoir accompagné de nombreuses entreprises dans la mise en place et le fonctionnement de leur CSE, voici nos recommandations concrètes pour sécuriser vos pratiques et construire un dialogue social constructif.

Sécuriser les élections

Structurer le fonctionnement au quotidien

Maîtriser les risques juridiques

SC

Sofiane Coly

Avocat associé chez DAIRIA Avocats, spécialisé en droit du travail et droit de la paie côté employeur. Sofiane accompagne les entreprises dans la mise en place de leur CSE, les négociations collectives et les contentieux liés aux relations avec les représentants du personnel.
s.coly@dairia-avocats.com · 06 72 42 24 86

FAQ

Questions Fréquentes

Tout ce que vous devez savoir sur nos services

Le CSE est obligatoire dans toutes les entreprises d'au moins 11 salariés (article L.2311-2 du Code du travail). Le seuil de 11 salariés doit être atteint pendant 12 mois consécutifs. En dessous de ce seuil, l'employeur n'a pas l'obligation d'organiser des élections professionnelles.

Le mandat des membres du CSE est de 4 ans par défaut. Un accord collectif peut réduire cette durée à 2 ou 3 ans. Le nombre de mandats successifs est limité à 3, sauf dans les entreprises de moins de 50 salariés ou si un accord collectif en dispose autrement (article L.2314-33 du Code du travail).

Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, le budget de fonctionnement est de 0,20 % de la masse salariale brute (ou 0,22 % dans les entreprises de 2 000 salariés et plus). Ce budget est distinct de la subvention destinée aux activités sociales et culturelles (ASC), dont le montant est fixé par accord ou usage.

Non. La Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail (CSSCT) est obligatoire dans les entreprises et établissements d'au moins 300 salariés, ainsi que dans les établissements classés SEVESO ou les installations nucléaires (article L.2315-36 du Code du travail). En dessous de 300 salariés, l'inspecteur du travail peut imposer sa création.

L'absence de CSE sans procès-verbal de carence constitue un délit d'entrave passible d'un an d'emprisonnement et 7 500 € d'amende. Sur le plan social, l'employeur perd le bénéfice de la réduction générale de cotisations patronales (article L.241-13 du CSS) et s'expose à des redressements URSSAF. Les salariés peuvent également invoquer un préjudice pour réclamer des dommages-intérêts.

Non. Les membres du CSE bénéficient du statut de salarié protégé (article L.2411-1 du Code du travail). Tout licenciement nécessite une autorisation préalable de l'inspecteur du travail. Un licenciement prononcé sans cette autorisation est nul, ce qui ouvre droit à la réintégration du salarié et au paiement des salaires perdus.

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