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Abandon de poste et présomption de démission : le nouveau régime 2023

Sofiane Coly Sofiane Coly
28 mars 2026 4 min de lecture
Abandon de poste et présomption de démission : le nouveau régime 2023

La loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022 « marché du travail » a introduit un dispositif inédit : la présomption de démission en cas d’abandon de poste. Codifié à l’article L. 1237-1-1 du Code du travail et précisé par le décret n° 2023-275 du 17 avril 2023, ce mécanisme modifie radicalement la gestion des abandons de poste par les employeurs.

Le nouveau cadre juridique

Avant la réforme, l’abandon de poste ne constituait pas en soi une démission. L’employeur devait engager une procédure de licenciement pour faute (généralement grave). Le salarié bénéficiait alors des allocations chômage.

Depuis le 19 avril 2023, le salarié qui abandonne volontairement son poste et ne reprend pas le travail après mise en demeure est présumé avoir démissionné. Il perd donc, en principe, le droit aux allocations chômage.

La procédure en 3 étapes

  1. Constat de l’absence injustifiée : le salarié ne se présente plus à son poste sans justification
  2. Mise en demeure : l’employeur adresse au salarié une mise en demeure par LRAR de justifier son absence et de reprendre son poste dans un délai minimum de 15 jours calendaires (article R. 1237-13)
  3. Présomption de démission : si le salarié ne reprend pas le travail et ne justifie pas son absence dans le délai, il est présumé démissionnaire
Contenu de la mise en demeure : La mise en demeure doit inviter le salarié à justifier son absence et à reprendre son poste dans le délai fixé. Elle doit préciser que, passé ce délai, le salarié sera considéré comme démissionnaire. Le délai de 15 jours court à compter de la présentation de la LRAR.

Les exceptions : quand la présomption ne joue pas

Le salarié peut invoquer un motif légitime pour justifier son absence. L’article L. 1237-1-1 cite notamment :

  • Des raisons médicales (arrêt maladie)
  • L’exercice du droit de retrait (danger grave et imminent, article L. 4131-1)
  • L’exercice du droit de grève
  • Le refus d’exécuter une instruction contraire à la réglementation
  • La modification unilatérale du contrat de travail par l’employeur

Les effets de la présomption de démission

  • Le contrat est rompu à la date de l’expiration du délai fixé dans la mise en demeure
  • Le salarié est tenu de respecter le préavis de démission prévu par la convention collective
  • Le salarié n’a pas droit aux allocations chômage (sauf motif légitime reconnu)
  • L’employeur doit remettre les documents de fin de contrat (certificat de travail, attestation France Travail mentionnant « démission »)

Le recours du salarié

Le salarié peut contester la présomption de démission devant le conseil de prud’hommes. L’article L. 1237-1-1 alinéa 3 prévoit que le juge statue dans un délai d’un mois. Si le juge considère que le salarié avait un motif légitime, la rupture sera requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Prudence : Le dispositif est récent et la jurisprudence est encore en construction. Les premiers contentieux montrent que les juges examinent attentivement les circonstances de l’abandon (contexte de souffrance au travail, harcèlement, conflit). L’employeur doit documenter soigneusement la situation avant d’appliquer la présomption.

L’alternative : le licenciement pour faute

L’employeur conserve la possibilité de licencier le salarié pour faute grave en cas d’abandon de poste, plutôt que d’activer la présomption de démission. Cette option peut être préférable lorsque :

  • L’employeur souhaite une rupture immédiate sans préavis
  • Le contexte est complexe (maladie, harcèlement)
  • L’employeur préfère une voie juridique plus établie

FAQ – Abandon de poste

Le salarié en abandon de poste touche-t-il le chômage ?

En principe non, la présomption de démission prive le salarié du droit aux allocations chômage. Cependant, si le salarié invoque et prouve un motif légitime (maladie, droit de retrait), la présomption peut être renversée.

L’employeur est-il obligé d’utiliser la présomption de démission ?

Non, l’employeur conserve le choix entre la présomption de démission et le licenciement pour faute. Il peut choisir la voie qui lui semble la plus adaptée à la situation.

Le délai de 15 jours est-il un minimum ou un maximum ?

C’est un minimum. L’employeur peut fixer un délai plus long s’il le souhaite. Il ne peut pas fixer un délai inférieur à 15 jours calendaires.

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