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Comment calculer l’indemnité de fin de CDD en paie en 2025 : guide complet

Sofiane Coly Sofiane Coly
1 avril 2026 ⏱ 11 min de lecture

Introduction : l’indemnité de fin de CDD, un droit fondamental du salarié précaire

L’indemnité de fin de contrat, communément appelée « prime de précarité », constitue un élément essentiel de la rémunération du salarié en contrat à durée déterminée (CDD). Prévue par l’article L.1243-8 du Code du travail, elle vise à compenser la situation de précarité dans laquelle se trouve le salarié à l’issue de son contrat. En 2025, les règles de calcul, les cas d’exclusion et le régime social de cette indemnité restent encadrés par le Bulletin Officiel de la Sécurité Sociale (BOSS, boss.gouv.fr) et la jurisprudence de la Cour de cassation.

Ce guide complet s’adresse aux responsables paie, DRH et gestionnaires RH. Il couvre l’intégralité du sujet : calcul de l’indemnité (assiette, taux), cas d’exclusion, régime social et fiscal, renouvellement et succession de CDD, rupture anticipée, et cas particulier du CDD à objet défini.

Qu’est-ce que l’indemnité de fin de CDD ?

Fondement juridique

L’indemnité de fin de contrat est prévue par les articles L.1243-8 à L.1243-10 du Code du travail. Elle est due au salarié à l’issue d’un CDD lorsque les relations contractuelles ne se poursuivent pas par un contrat à durée indéterminée (CDI). Son objectif est de compenser l’instabilité de l’emploi inhérente au CDD.

Caractère obligatoire

Le versement de cette indemnité est obligatoire. L’employeur ne peut s’en exonérer par une clause du contrat ni par un accord collectif (sauf dans le cas du taux réduit à 6 % prévu par accord de branche étendu). Toute clause contractuelle prévoyant la renonciation du salarié à cette indemnité est réputée non écrite.

Calcul de l’indemnité de fin de CDD

Taux de droit commun : 10 %

Le taux de l’indemnité de fin de CDD est fixé à 10 % de la rémunération brute totale perçue par le salarié pendant la durée du contrat, renouvellements inclus. Ce taux de 10 % constitue le plancher légal.

Taux conventionnel réduit : 6 %

Un accord de branche étendu peut prévoir un taux réduit à 6 %, à condition d’offrir au salarié des contreparties en matière de formation professionnelle (accès privilégié à des actions de formation, bilan de compétences, etc.). En l’absence de contreparties effectives, le taux de 10 % s’applique de plein droit.

Assiette de calcul

L’assiette de l’indemnité de fin de CDD comprend l’ensemble des rémunérations brutes perçues pendant le contrat, à savoir :

  • Le salaire de base
  • Les primes (ancienneté, rendement, objectifs, 13e mois proratisé, etc.)
  • Les avantages en nature (logement, véhicule, nourriture, etc.)
  • Les heures supplémentaires et complémentaires
  • L’indemnité compensatrice de congés payés
  • Les majorations diverses (travail de nuit, dimanche, jours fériés)

Attention : l’indemnité de fin de CDD elle-même n’entre pas dans sa propre assiette de calcul. De même, les remboursements de frais professionnels en sont exclus.

Exemple de calcul complet

Un salarié en CDD de 6 mois a perçu les rémunérations brutes suivantes :

  • Salaire de base : 2 200 € × 6 = 13 200 €
  • Prime de performance : 500 €
  • Heures supplémentaires : 1 800 €
  • Avantage en nature véhicule : 200 € × 6 = 1 200 €
  • Indemnité compensatrice de congés payés : 1 670 €

Rémunération brute totale : 13 200 + 500 + 1 800 + 1 200 + 1 670 = 18 370 €

Indemnité de fin de CDD (10 %) : 18 370 × 10 % = 1 837 €

Indemnité de fin de CDD (6 % si accord de branche) : 18 370 × 6 % = 1 102,20 €

Cas d’exclusion de l’indemnité de fin de CDD

Proposition de CDI par l’employeur

L’indemnité n’est pas due lorsque l’employeur propose au salarié un CDI pour occuper le même emploi ou un emploi similaire, avec une rémunération au moins équivalente, et que le salarié refuse cette proposition. Il est indispensable pour l’employeur de formaliser cette proposition par écrit et de conserver la preuve du refus du salarié.

CDD saisonnier

Les contrats saisonniers (vendanges, tourisme, stations de ski, etc.) sont exclus du bénéfice de l’indemnité de fin de CDD, conformément à l’article L.1243-10 du Code du travail. Toutefois, une convention ou un accord collectif peut prévoir le versement d’une indemnité dans ce cas.

CDD d’usage

Les CDD d’usage (secteurs listés par décret : hôtellerie-restauration, spectacle, audiovisuel, enseignement, sport professionnel, etc.) sont exclus de l’indemnité de précarité si la convention collective applicable le prévoit expressément.

Contrats aidés

Les CDD conclus dans le cadre de la politique de l’emploi (contrats aidés, parcours emploi compétences, etc.) n’ouvrent pas droit à l’indemnité de fin de CDD.

Étudiants pendant les vacances scolaires

Les CDD conclus avec des jeunes pendant les vacances scolaires ou universitaires sont exclus du dispositif, à condition que le contrat s’exécute intégralement pendant la période de vacances.

Rupture anticipée par le salarié

Lorsque le salarié rompt le contrat de manière anticipée (démission), l’indemnité de fin de CDD n’est pas due. Il en va de même en cas de faute grave du salarié ou de force majeure.

Refus de CDI par le salarié

Depuis la loi « Marché du travail » de décembre 2022, le refus par le salarié d’un CDI proposé par l’employeur à l’issue du CDD entraîne la perte du droit à l’indemnité de précarité, sous réserve que l’offre de CDI porte sur le même emploi ou un emploi similaire et que les conditions de rémunération soient au moins équivalentes.

Régime social de l’indemnité de fin de CDD

Assujettissement aux cotisations sociales

L’indemnité de fin de CDD est soumise au même régime social que le salaire. Elle entre dans l’assiette de l’ensemble des cotisations et contributions sociales (BOSS, boss.gouv.fr) :

  • Cotisations de sécurité sociale (maladie, vieillesse, allocations familiales, accidents du travail)
  • Cotisations chômage et AGS
  • Cotisations de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO
  • CSG (9,20 %) et CRDS (0,50 %) calculées sur 98,25 % du montant
  • Contribution de formation professionnelle, taxe d’apprentissage

Impact sur le plafond de la sécurité sociale

L’indemnité de fin de CDD étant soumise à cotisations, elle entre dans l’assiette plafonnée. Pour le calcul des cotisations plafonnées (vieillesse de base, FNAL dans certains cas), elle s’ajoute aux rémunérations du dernier mois et peut entraîner un dépassement du plafond mensuel.

Exemple de traitement en paie

Pour une indemnité de fin de CDD de 1 837 € versée sur le dernier bulletin :

  • Assiette cotisations SS : salaire du mois + 1 837 €
  • CSG/CRDS : 1 837 × 98,25 % = 1 804,84 € × 9,70 % = 175,07 €
  • La totalité de l’indemnité est soumise à l’impôt sur le revenu et entre dans le net imposable

Régime fiscal de l’indemnité de fin de CDD

L’indemnité de fin de CDD est intégralement soumise à l’impôt sur le revenu. Elle entre dans le net imposable du salarié et est soumise au prélèvement à la source (PAS) au taux applicable au salarié. Il n’existe aucune exonération fiscale pour cette indemnité.

Renouvellement et succession de CDD

Renouvellement du CDD

Un CDD peut être renouvelé deux fois, dans la limite de la durée maximale totale (18 mois en règle générale). L’indemnité de fin de CDD est calculée sur l’ensemble de la durée du contrat, renouvellements compris. Elle n’est versée qu’à l’issue du dernier renouvellement.

Succession de CDD distincts

En cas de succession de CDD distincts (avec respect du délai de carence), chaque contrat ouvre droit à sa propre indemnité de fin de CDD, calculée sur la rémunération brute du contrat concerné. Si les contrats sont requalifiés en CDI par le juge, l’indemnité de fin de CDD n’est plus due, mais le salarié peut prétendre aux indemnités de rupture du CDI.

Délai de carence entre deux CDD

Le délai de carence entre deux CDD sur le même poste est égal au tiers de la durée du contrat précédent (renouvellements inclus) si le contrat a duré 14 jours ou plus, ou à la moitié de la durée si le contrat a duré moins de 14 jours. Le non-respect du délai de carence peut entraîner la requalification en CDI.

Rupture anticipée du CDD

Rupture à l’initiative de l’employeur

Hors faute grave, force majeure ou inaptitude, la rupture anticipée d’un CDD par l’employeur ouvre droit au salarié à des dommages-intérêts d’un montant au moins égal aux rémunérations restant dues jusqu’au terme du contrat, auxquels s’ajoute l’indemnité de fin de CDD calculée sur l’ensemble de la rémunération perçue (y compris les dommages-intérêts).

Rupture à l’initiative du salarié

Le salarié ne peut rompre le CDD de manière anticipée que dans les cas suivants :

  • Embauche en CDI (justificatif exigé)
  • Faute grave de l’employeur
  • Force majeure
  • Inaptitude constatée par le médecin du travail

En cas de rupture anticipée pour embauche en CDI, le salarié doit respecter un préavis calculé à raison d’un jour par semaine de durée du contrat (renouvellements inclus), dans la limite de 2 semaines. L’indemnité de fin de CDD reste due dans ce cas.

Rupture d’un commun accord

Les parties peuvent convenir de rompre le CDD d’un commun accord. Dans ce cas, l’indemnité de fin de CDD reste due, sauf si les parties en conviennent autrement dans l’accord de rupture (ce qui est toutefois risqué juridiquement).

CDD à objet défini

Spécificités

Le CDD à objet défini (ou CDD de mission), réservé aux ingénieurs et cadres, a une durée comprise entre 18 et 36 mois. Il prend fin avec la réalisation de l’objet pour lequel il a été conclu, après un délai de prévenance de 2 mois minimum.

Indemnité spécifique

À l’issue du CDD à objet défini, le salarié perçoit une indemnité égale à 10 % de la rémunération brute totale. Cette indemnité a la même nature et le même régime social que l’indemnité de fin de CDD classique. Elle n’est pas due si le contrat se poursuit en CDI.

Traitement en DSN

Déclaration de l’indemnité

L’indemnité de fin de CDD est déclarée en DSN dans le bloc rémunération (S21.G00.51) avec le code type de rémunération « 002 – Rémunération brute non plafonnée ». Elle doit figurer dans la rémunération brute du dernier mois de contrat.

Signalement de fin de contrat

La fin du CDD donne lieu à un signalement d’événement (bloc S21.G00.62) avec le motif de fin de contrat approprié. Le montant de l’indemnité de fin de CDD doit apparaître dans les éléments de rémunération du dernier mois.

Points de vigilance pour le gestionnaire de paie

Vérification systématique du droit à l’indemnité

Avant chaque fin de CDD, le gestionnaire de paie doit vérifier si le salarié a droit à l’indemnité de précarité en contrôlant :

  • Le type de CDD (classique, saisonnier, d’usage, aidé, étudiant)
  • L’existence ou non d’une proposition de CDI
  • Les circonstances de la fin du contrat (terme normal, rupture anticipée, motif)
  • Les dispositions conventionnelles applicables (taux de 6 % ou 10 %)

Conservation des justificatifs

L’employeur doit conserver les justificatifs pendant au moins 3 ans (durée de prescription des salaires) : contrat de travail, avenants de renouvellement, lettre de proposition de CDI le cas échéant, accusé de réception du refus du salarié.

Risques en cas de contrôle URSSAF

Le non-versement de l’indemnité de fin de CDD ou son calcul erroné peut entraîner un redressement URSSAF portant sur les cotisations non versées, majorées de pénalités. Par ailleurs, le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes pour réclamer le paiement de l’indemnité, assorti de dommages-intérêts.

FAQ : indemnité de fin de CDD en paie

L’indemnité de fin de CDD est-elle due en cas de transformation du CDD en CDI ?

Non. Si le CDD se poursuit immédiatement par un CDI, l’indemnité de fin de CDD n’est pas due. La poursuite de la relation de travail en CDI supprime la situation de précarité que l’indemnité vise à compenser. Attention : il doit y avoir continuité dans la relation de travail, sans interruption.

L’indemnité de précarité est-elle cumulable avec l’indemnité compensatrice de congés payés ?

Oui, les deux indemnités sont cumulables. L’indemnité compensatrice de congés payés est même incluse dans l’assiette de calcul de l’indemnité de fin de CDD. Le salarié perçoit donc les deux au moment du solde de tout compte.

Quel est le délai de prescription pour réclamer l’indemnité de fin de CDD ?

Le salarié dispose d’un délai de 3 ans à compter de la fin du contrat pour réclamer le paiement de l’indemnité de fin de CDD devant le conseil de prud’hommes (article L.3245-1 du Code du travail, prescription des créances salariales).

L’indemnité de fin de CDD entre-t-elle dans le calcul des droits au chômage ?

Oui. L’indemnité de fin de CDD étant soumise aux cotisations chômage, elle entre dans le salaire de référence servant au calcul de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE). Elle est prise en compte dans la détermination du salaire journalier de référence (SJR).

Un CDD rompu pour faute grave ouvre-t-il droit à l’indemnité de précarité ?

Non. La rupture anticipée du CDD pour faute grave du salarié prive celui-ci du bénéfice de l’indemnité de fin de CDD, conformément à l’article L.1243-10 du Code du travail. L’employeur doit cependant prouver la réalité de la faute grave (fait imputable au salarié rendant impossible le maintien du contrat).

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