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La paye

Comment gérer les titres-restaurant en paie en 2025 : guide complet

Sofiane Coly Sofiane Coly
1 avril 2026 ⏱ 11 min de lecture

Introduction : les titres-restaurant, un avantage social incontournable

Les titres-restaurant constituent l’un des avantages sociaux les plus répandus en France. Attribués par l’employeur aux salariés pour leur permettre de régler leurs repas, ils bénéficient d’un régime social et fiscal attractif — à condition de respecter scrupuleusement les règles encadrant leur attribution et leur valorisation. En 2025, les seuils d’exonération ont été actualisés, et les pratiques liées au télétravail ou à la dématérialisation continuent d’évoluer.

Ce guide complet s’adresse aux responsables paie, DRH et gestionnaires RH souhaitant maîtriser l’ensemble du dispositif : conditions d’exonération, valeur faciale optimale, calcul de la participation employeur, jours éligibles, cas du télétravail et du temps partiel, dématérialisation et traitement en bulletin de paie. Toutes les références s’appuient sur le Bulletin Officiel de la Sécurité Sociale (BOSS, boss.gouv.fr).

Qu’est-ce qu’un titre-restaurant et quel est son cadre juridique ?

Définition et fondement légal

Le titre-restaurant est un titre spécial de paiement remis par l’employeur au salarié pour lui permettre d’acquitter tout ou partie du prix d’un repas. Il est cofinancé par l’employeur (participation patronale) et le salarié (part salariale prélevée sur le bulletin de paie). Le dispositif est régi par les articles L.3262-1 et suivants du Code du travail, ainsi que par les précisions du BOSS en matière de cotisations sociales.

Nature juridique : avantage ou élément de rémunération ?

La participation patronale aux titres-restaurant n’est pas un élément de salaire au sens strict. Elle constitue un avantage accordé par l’employeur qui, sous réserve du respect des conditions légales, est exonéré de cotisations de sécurité sociale, de CSG et de CRDS. En revanche, si les conditions d’exonération ne sont pas remplies, la part patronale excédentaire est réintégrée dans l’assiette des cotisations et contributions sociales.

Conditions d’exonération de la participation patronale en 2025

Le double plafond à respecter

Pour que la participation de l’employeur au financement des titres-restaurant soit exonérée de cotisations de sécurité sociale, deux conditions cumulatives doivent être satisfaites (BOSS, rubrique Avantages en nature et frais professionnels) :

  • Condition n°1 — Taux de participation : la contribution patronale doit représenter entre 50 % et 60 % de la valeur faciale du titre-restaurant.
  • Condition n°2 — Plafond en valeur absolue : la participation patronale ne doit pas excéder 7,26 € par titre en 2025.

Ces deux conditions sont cumulatives. Le non-respect de l’une ou de l’autre entraîne la réintégration de la fraction excédentaire dans l’assiette des cotisations.

Valeur faciale optimale : comment la déterminer ?

La valeur faciale optimale du titre-restaurant dépend du taux de participation choisi par l’employeur :

  • Si participation à 50 % : valeur faciale maximale = 7,26 € / 0,50 = 14,52 €
  • Si participation à 60 % : valeur faciale maximale = 7,26 € / 0,60 = 12,10 €

Exemple concret : L’entreprise X choisit une participation patronale de 55 %. La valeur faciale maximale pour rester exonéré est : 7,26 € / 0,55 = 13,20 €. Si la valeur faciale est fixée à 13 €, la participation patronale est de 13 × 0,55 = 7,15 €, inférieure au plafond de 7,26 € : l’exonération est totale.

Conséquences du dépassement des seuils

Lorsque la participation patronale excède le plafond de 7,26 € ou le taux de 60 %, la fraction excédentaire constitue un avantage en nature soumis à :

  • Cotisations de sécurité sociale (part patronale et salariale)
  • CSG (9,20 %) et CRDS (0,50 %) calculées sur 98,25 % de l’avantage
  • Cotisations chômage, retraite complémentaire, etc.

Exemple : Un titre à 15 € avec participation employeur à 60 % = 9 €. La part exonérée est de 7,26 €, la part excédentaire (9 – 7,26 = 1,74 €) est soumise à cotisations.

Jours éligibles à l’attribution de titres-restaurant

Règle de base : un titre par jour de travail effectif

Le BOSS précise qu’un seul titre-restaurant peut être attribué par jour de travail effectif, à condition que le repas soit compris dans l’horaire de travail journalier (c’est-à-dire que la journée de travail comporte une pause déjeuner). Un salarié qui ne travaille que le matin ou que l’après-midi, sans pause repas dans sa journée, ne peut pas prétendre à un titre-restaurant pour cette journée.

Jours exclus

Ne donnent pas droit à un titre-restaurant :

  • Les jours d’absence (maladie, congés payés, RTT, congé maternité, etc.)
  • Les jours fériés chômés
  • Les jours de formation hors entreprise lorsque les repas sont pris en charge par l’organisme de formation
  • Les jours où le salarié bénéficie déjà d’un remboursement de frais de repas (note de frais, indemnité repas)

Cas du temps partiel

Un salarié à temps partiel a droit aux titres-restaurant pour chaque jour de travail effectif comportant une pause déjeuner, au même titre qu’un salarié à temps plein. Toutefois, si le salarié travaille moins de 5 jours par semaine, le nombre de titres est proratisé en conséquence. Un salarié travaillant 3 jours par semaine recevra 3 titres par semaine, et non 5.

Exemple : Un salarié à 80 % travaillant du lundi au jeudi reçoit 4 titres-restaurant par semaine travaillée, soit environ 17 titres par mois (4 × 4,33 semaines).

Titres-restaurant et télétravail

Le principe : un droit maintenu

Depuis les précisions apportées par l’URSSAF et confirmées par le BOSS, les salariés en télétravail bénéficient des titres-restaurant dans les mêmes conditions que les salariés travaillant sur site, dès lors que leurs conditions de travail sont équivalentes (journée de travail incluant une pause déjeuner).

Conditions pratiques

L’attribution de titres-restaurant aux télétravailleurs est tolérée dès lors qu’un accord d’entreprise, une charte ou une décision unilatérale de l’employeur le prévoit explicitement. En l’absence de dispositions spécifiques, l’employeur peut tout de même les attribuer, mais il est recommandé de formaliser cette pratique pour sécuriser le régime social.

Il est important de noter que le salarié en télétravail ne peut pas cumuler un titre-restaurant avec une indemnité repas ou une allocation forfaitaire de télétravail couvrant les frais de repas.

Dématérialisation des titres-restaurant

Carte titre-restaurant : le standard en 2025

La dématérialisation des titres-restaurant (carte à puce) est désormais largement majoritaire. Les émetteurs historiques (Edenred, Sodexo, Up, Natixis) proposent tous des cartes rechargeables. Le régime social est identique au titre papier.

Plafond journalier d’utilisation

Le plafond d’utilisation est fixé à 25 € par jour en 2025. Ce plafond concerne l’utilisation et non l’attribution. Les titres sont utilisables dans les restaurants et commerces assimilés (supermarchés pour les produits alimentaires, applications de livraison de repas le cas échéant).

Avantages pour le gestionnaire de paie

La dématérialisation simplifie considérablement la gestion : rechargement automatique mensuel sur la carte, suivi en temps réel des droits, suppression des commandes physiques et de la gestion des stocks de titres. Elle facilite également le prorata en cas de temps partiel ou d’absences.

Traitement des titres-restaurant en paie

Lignes du bulletin de paie

Le bulletin de paie doit faire apparaître :

  • Nombre de titres attribués dans le mois (correspondant au nombre de jours travaillés éligibles)
  • Valeur faciale unitaire du titre
  • Part salariale retenue (en déduction du net à payer)
  • Part patronale (qui n’apparaît pas nécessairement sur le bulletin sauf pratique interne)

La retenue salariale est opérée en bas de bulletin, après le net imposable, car elle ne constitue pas une cotisation sociale.

Exemple de traitement complet

Prenons le cas d’un salarié ayant travaillé 22 jours dans le mois, avec des titres-restaurant d’une valeur faciale de 11 € et une participation employeur de 60 % :

  • Nombre de titres : 22
  • Valeur faciale : 11,00 €
  • Participation employeur : 11 × 60 % = 6,60 € par titre
  • Part salariale : 11 – 6,60 = 4,40 € par titre
  • Retenue salariale mensuelle : 22 × 4,40 = 96,80 €
  • Coût employeur mensuel : 22 × 6,60 = 145,20 €
  • Vérification exonération : 6,60 € < 7,26 € et 60 % ≤ 60 % → exonération totale

Impact sur le net imposable et le net social

La part patronale exonérée des titres-restaurant n’est pas incluse dans le net imposable ni dans le net social. En revanche, la fraction excédentaire éventuelle est ajoutée au net imposable et soumise à l’impôt sur le revenu du salarié.

Régime fiscal des titres-restaurant

Exonération d’impôt sur le revenu

La participation patronale aux titres-restaurant est exonérée d’impôt sur le revenu dans la même limite que l’exonération de cotisations sociales, soit 7,26 € par titre en 2025. Au-delà, la fraction excédentaire est imposable.

Pour l’entreprise

La participation patronale est déductible du bénéfice imposable de l’entreprise. Elle n’est pas soumise à la taxe sur les salaires (pour les employeurs assujettis) dans la limite de l’exonération.

Contrôles URSSAF et points de vigilance

Points vérifiés lors d’un contrôle

Lors d’un contrôle URSSAF, les vérificateurs examinent notamment :

  • Le respect du plafond de 7,26 € et du taux de participation (50-60 %)
  • La cohérence entre le nombre de titres attribués et le nombre de jours travaillés
  • L’absence de cumul avec d’autres indemnités repas
  • Le traitement correct des absences (retrait des titres pour les jours non travaillés)
  • La justification de l’attribution aux télétravailleurs

Risques en cas de redressement

En cas de non-respect des conditions d’exonération, l’URSSAF procède à la réintégration de la totalité de la participation patronale (et non seulement de la fraction excédentaire) dans l’assiette des cotisations, sur la période contrôlée (généralement 3 ans). Les majorations de retard s’appliquent.

Cas pratiques et situations particulières

Salarié en déplacement professionnel

Un salarié en déplacement professionnel dont les frais de repas sont remboursés par l’employeur (note de frais ou indemnité forfaitaire) ne peut pas recevoir de titre-restaurant pour les mêmes jours. Le cumul est interdit.

Intérimaires et CDD

Les salariés intérimaires et en CDD ont droit aux titres-restaurant dans les mêmes conditions que les salariés en CDI, dès lors que l’entreprise utilisatrice ou l’employeur en attribue à son personnel. Le principe d’égalité de traitement s’applique.

Stagiaires

Les stagiaires bénéficient des titres-restaurant si les salariés de l’entreprise en bénéficient, conformément à l’article L.124-13 du Code de l’éducation. La participation patronale suit les mêmes règles d’exonération.

Mandataires sociaux

Les dirigeants assimilés salariés (gérant minoritaire de SARL, président de SAS) peuvent bénéficier des titres-restaurant. Les dirigeants non-salariés (gérant majoritaire, entrepreneur individuel) ne sont en principe pas éligibles sauf dispositions conventionnelles spécifiques.

Évolutions récentes et perspectives

Élargissement des enseignes acceptant les titres-restaurant

Depuis 2022, les titres-restaurant peuvent être utilisés pour tout produit alimentaire, y compris les produits non directement consommables (pâtes, riz, conserves, etc.). Cette mesure, initialement temporaire, a été pérennisée. En 2025, le périmètre d’utilisation reste large, facilitant l’adhésion des salariés au dispositif.

Vers une harmonisation européenne ?

Plusieurs pays européens disposent de dispositifs similaires (chèques-repas en Belgique, buoni pasto en Italie). Des discussions au niveau européen visent à harmoniser les régimes, sans aboutissement concret à ce stade.

FAQ : titres-restaurant en paie

Un employeur est-il obligé de proposer des titres-restaurant ?

Non, l’attribution de titres-restaurant est une faculté et non une obligation légale. Toutefois, si l’employeur décide d’en attribuer, il doit respecter le principe d’égalité de traitement entre les salariés placés dans une situation comparable.

Peut-on attribuer des titres-restaurant pendant les congés payés ?

Non. Les titres-restaurant ne sont attribués que pour les jours de travail effectif. Les jours de congés payés, de RTT, de maladie ou de toute autre absence ne donnent pas droit à un titre.

Comment traiter un changement de valeur faciale en cours de mois ?

En cas de modification de la valeur faciale en cours de mois, il convient de proratiser : les titres attribués avant la date de changement conservent l’ancienne valeur, ceux attribués après suivent la nouvelle. En pratique, le changement est généralement effectif au 1er du mois suivant pour simplifier la gestion.

Les titres-restaurant non utilisés sont-ils perdus ?

Les titres-restaurant émis au cours d’une année civile sont utilisables jusqu’au 31 janvier de l’année suivante (pour les titres papier) ou jusqu’à la date limite programmée sur la carte. Les titres périmés non utilisés peuvent faire l’objet d’un échange auprès de l’émetteur dans certaines conditions.

Quel est l’impact des titres-restaurant sur le prélèvement à la source ?

La part patronale exonérée n’entre pas dans l’assiette du prélèvement à la source (PAS). Seule la fraction excédentaire éventuelle, ajoutée au net imposable, est soumise au PAS. La retenue salariale, quant à elle, n’a aucun impact sur le net imposable puisqu’elle est déduite du net à payer.

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