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Durée légale du travail 35 heures : guide complet pour l’employeur

Sofiane Coly Sofiane Coly
28 mars 2026 5 min de lecture
Durée légale du travail 35 heures : guide complet pour l’employeur

La durée légale du travail est fixée à 35 heures par semaine depuis les lois Aubry de 1998 et 2000. Ce seuil, inscrit à l’article L. 3121-27 du Code du travail, constitue le pivot autour duquel s’organisent les heures supplémentaires, les conventions de forfait et l’ensemble du régime du temps de travail. Pour l’employeur, maîtriser ce cadre est indispensable pour sécuriser la paie et prévenir le contentieux.

Le cadre juridique de la durée légale

L’article L. 3121-27 du Code du travail dispose : « La durée légale de travail effectif des salariés à temps complet est fixée à trente-cinq heures par semaine. »

Cette durée s’apprécie dans le cadre de la semaine civile, c’est-à-dire du lundi 0 heure au dimanche 24 heures, sauf accord collectif fixant un autre point de départ (article L. 3121-32).

À retenir : La durée de 35 heures n’est ni un maximum ni un minimum. C’est un seuil de déclenchement des heures supplémentaires. L’employeur peut parfaitement prévoir une durée collective supérieure, à condition de rémunérer et décompter les heures au-delà de 35 heures comme des heures supplémentaires.

Temps de travail effectif : la notion clé

Selon l’article L. 3121-1 du Code du travail, le temps de travail effectif est « le temps pendant lequel le salarié est à la disposition de l’employeur et se conforme à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles ».

Trois critères cumulatifs définissent donc le temps de travail effectif :

  • Être à la disposition de l’employeur : le salarié doit se tenir prêt à intervenir
  • Se conformer aux directives : il exécute les instructions reçues
  • Ne pas pouvoir vaquer librement : sa liberté d’action est restreinte

Cette définition a des conséquences pratiques majeures : le temps de trajet domicile-lieu de travail n’est pas du temps de travail effectif (article L. 3121-4), tandis que le temps de formation obligatoire en est (Cass. soc., 5 novembre 2014, n° 13-14.426).

Qui est concerné par les 35 heures ?

La durée légale s’applique à tous les salariés, quel que soit leur contrat (CDI, CDD, intérim), dans toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. Toutefois, certaines catégories bénéficient de régimes dérogatoires :

  • Les cadres dirigeants (article L. 3111-2) : exclus de la réglementation sur la durée du travail
  • Les salariés en forfait jours (articles L. 3121-58 et suivants) : leur temps de travail se décompte en jours, non en heures
  • Certains secteurs bénéficiant de régimes d’équivalence (hôtellerie-restauration, transport routier, etc.)

Les dérogations conventionnelles

Depuis les ordonnances Macron de 2017, l’accord d’entreprise prime sur l’accord de branche dans de nombreux domaines liés au temps de travail. L’article L. 3121-33 précise qu’un accord d’entreprise ou d’établissement peut :

  • Fixer le taux de majoration des heures supplémentaires (minimum 10 %)
  • Prévoir un aménagement du temps de travail sur une période supérieure à la semaine
  • Définir les modalités de recours aux conventions de forfait
Attention : L’absence d’accord collectif ne dispense pas l’employeur de respecter la durée légale. À défaut d’accord, les dispositions supplétives du Code du travail s’appliquent, notamment la majoration de 25 % pour les 8 premières heures supplémentaires et 50 % au-delà.

Les 35 heures en pratique : exemples concrets

Exemple 1 : Entreprise à 39 heures

Une entreprise dont la durée collective est de 39 heures par semaine doit rémunérer 4 heures supplémentaires hebdomadaires. Si le taux horaire est de 15 euros et en l’absence d’accord collectif :

  • 4 heures x 15 € x 1,25 = 75 € par semaine en heures supplémentaires
  • Soit environ 325 € bruts mensuels supplémentaires

Exemple 2 : Annualisation du temps de travail

Avec un accord d’aménagement du temps de travail sur l’année (article L. 3121-41), la durée de 35 heures s’apprécie en moyenne sur la période de référence. Le seuil annuel est de 1 607 heures (incluant la journée de solidarité). Les heures effectuées au-delà en fin de période constituent des heures supplémentaires.

Sanctions en cas de non-respect

Le non-respect de la durée légale expose l’employeur à plusieurs risques :

  • Rappels de salaire : le salarié peut réclamer le paiement des heures supplémentaires non rémunérées sur 3 ans (article L. 3245-1)
  • Travail dissimulé : si l’employeur mentionne intentionnellement un nombre d’heures inférieur sur le bulletin de paie, il s’expose à une indemnité forfaitaire de 6 mois de salaire (article L. 8223-1)
  • Sanctions pénales : l’amende prévue pour les contraventions de 4e classe (750 € par salarié concerné)

Obligations de l’employeur en matière de décompte

L’article L. 3171-2 du Code du travail impose à l’employeur d’établir les documents nécessaires au décompte de la durée du travail lorsque les salariés ne sont pas occupés selon le même horaire collectif. En pratique, cela implique :

  • Un système de pointage ou de déclaration quotidienne des heures
  • La conservation des relevés pendant un an (article D. 3171-16)
  • La mise à disposition de ces documents à l’inspection du travail

La Cour de cassation rappelle régulièrement que la charge de la preuve en matière d’heures supplémentaires est partagée entre l’employeur et le salarié (Cass. soc., 18 mars 2020, n° 18-10.919). L’employeur qui ne produit aucun élément de décompte s’expose à une condamnation sur la base des éléments fournis par le salarié.

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Questions frequemment posees

La durée légale de 35 heures est-elle un maximum ?

Non, la durée légale de 35 heures n’est pas un plafond. C’est le seuil à partir duquel les heures effectuées sont qualifiées d’heures supplémentaires et doivent être majorées conformément aux articles L. 3121-28 et suivants du Code du travail.

Un employeur peut-il imposer 39 heures sans accord collectif ?

Oui, l’employeur peut fixer une durée collective de 39 heures par décision unilatérale, mais il doit rémunérer les 4 heures au-delà de 35 heures comme des heures supplémentaires, avec les majorations légales de 25 %.

Comment se calcule la semaine civile pour le décompte des 35 heures ?

Sauf accord collectif contraire, la semaine civile court du lundi 0 heure au dimanche 24 heures (article L. 3121-35 du Code du travail). Un accord peut fixer un autre jour de début de semaine.

Les cadres sont-ils soumis aux 35 heures ?

Les cadres intégrés à un service sont soumis aux 35 heures comme les autres salariés. Seuls les cadres dirigeants (article L. 3111-2) et les cadres en forfait jours (article L. 3121-58) échappent au décompte horaire.

Quel est le délai de prescription pour réclamer des heures supplémentaires ?

Le salarié dispose d’un délai de 3 ans à compter du jour où il a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’exercer son droit (article L. 3245-1 du Code du travail).

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