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Licenciement et maladie professionnelle : la protection renforcée du salarié

Sofiane Coly Sofiane Coly
28 mars 2026 5 min de lecture
Licenciement et maladie professionnelle : la protection renforcée du salarié

Le salarié victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle bénéficie d’une protection renforcée contre le licenciement pendant la période de suspension de son contrat de travail. Les articles L.1226-7 à L.1226-22 du Code du travail organisent un régime dérogatoire qui limite considérablement les possibilités de rupture du contrat. Toute violation de ces dispositions entraîne la nullité du licenciement avec des indemnités minimales de douze mois de salaire (article L.1226-15). L’employeur doit connaître précisément ce régime pour éviter des condamnations lourdes.

Textes clés : Articles L.1226-9 (motifs de licenciement autorisés pendant la suspension), L.1226-10 (reclassement après inaptitude), L.1226-14 (indemnité spéciale de licenciement) et L.1226-15 (sanction de la nullité) du Code du travail.

La suspension du contrat et ses effets

L’article L.1226-7 du Code du travail prévoit que le contrat de travail est suspendu pendant la durée de l’arrêt de travail provoqué par un accident du travail ou une maladie professionnelle. Cette suspension dure jusqu’à la visite de reprise effectuée par le médecin du travail. Pendant cette période, le salarié conserve ses droits et l’ancienneté continue de courir. L’employeur ne peut rompre le contrat que dans les cas strictement prévus par la loi. Cette protection s’applique dès que l’employeur a connaissance de l’origine professionnelle de l’arrêt. La Cour de cassation a précisé dans son arrêt du 24 septembre 2025 (n°22-20.155) que la protection joue dès lors que l’employeur est informé de la demande de reconnaissance de maladie professionnelle, même avant la décision de prise en charge par la CPAM. L’employeur ne peut pas feindre d’ignorer l’origine professionnelle de l’arrêt si des éléments portés à sa connaissance l’indiquent.

Les deux seules exceptions au principe de protection

L’article L.1226-9 du Code du travail n’autorise le licenciement pendant la suspension du contrat que dans deux cas limitatifs. Le premier est la faute grave du salarié. La faute grave doit être caractérisée et ne peut résulter de l’état de santé du salarié. Il peut s’agir d’un manquement grave à l’obligation de loyauté (exercice d’une activité concurrente pendant l’arrêt) ou d’une faute commise avant l’arrêt mais découverte pendant celui-ci. Le second cas est l’impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l’accident ou à la maladie. Cette exception vise principalement les difficultés économiques rendant nécessaire la suppression du poste, à condition que le motif économique soit réel et totalement indépendant de l’absence du salarié. L’employeur doit apporter la preuve que le licenciement est totalement étranger à l’état de santé. Tout doute profite au salarié. En dehors de ces deux cas, le licenciement est nul.

La procédure de reclassement après inaptitude professionnelle

Lorsque le médecin du travail déclare le salarié inapte à son poste à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, l’employeur doit engager une procédure de reclassement renforcée. L’article L.1226-10 impose de proposer au salarié un autre emploi approprié à ses capacités, en tenant compte des conclusions du médecin du travail, des indications qu’il formule sur la capacité du salarié à bénéficier d’une formation et de l’avis des représentants du personnel (CSE). Le reclassement doit être recherché dans l’entreprise et dans le groupe. L’emploi proposé doit être aussi comparable que possible à l’emploi précédent, au besoin par la mise en œuvre de mesures telles que mutations, aménagements, transformations de postes ou aménagement du temps de travail. Ce n’est que si le reclassement est impossible, ou si le salarié refuse le poste proposé, que le licenciement pour inaptitude peut être prononcé.

Les indemnités renforcées en cas de licenciement pour inaptitude professionnelle

L’article L.1226-14 du Code du travail prévoit des indemnités renforcées lorsque le salarié est licencié pour inaptitude d’origine professionnelle. Le salarié a droit à une indemnité compensatrice d’un montant égal à l’indemnité compensatrice de préavis prévue à l’article L.1234-5. Cette indemnité est de nature indemnitaire (et non salariale) : elle n’est pas soumise aux cotisations de sécurité sociale. Le salarié a également droit à une indemnité spéciale de licenciement égale au double de l’indemnité légale de licenciement prévue à l’article L.1234-9. La convention collective peut prévoir une indemnité de licenciement plus favorable ; dans ce cas, l’indemnité spéciale est égale au double de l’indemnité conventionnelle si celle-ci est plus favorable que le double de l’indemnité légale. Ces indemnités renforcées ne sont pas dues si le licenciement résulte d’un refus abusif du salarié d’un poste de reclassement (article L.1226-14 alinéa 2).

La nullité du licenciement : conséquences

L’article L.1226-15 du Code du travail sanctionne par la nullité le licenciement prononcé en méconnaissance des dispositions protectrices. Le salarié peut demander sa réintégration dans l’entreprise, avec versement des salaires perdus entre le licenciement et la réintégration. S’il ne demande pas sa réintégration, il a droit à une indemnité qui ne peut être inférieure à douze mois de salaire. Cette indemnité minimale s’ajoute aux indemnités de licenciement (indemnité spéciale et indemnité compensatrice). La nullité est prononcée dans tous les cas de violation : licenciement pendant la suspension pour un motif non autorisé, défaut de consultation du CSE, insuffisance de la recherche de reclassement, non-respect de la procédure de licenciement. Les juges apprécient strictement le respect de chaque étape de la procédure protectrice.

Conseils de sécurisation pour l’employeur

Face à la rigueur du régime protecteur, l’employeur doit adopter une approche méthodique. Il doit d’abord identifier précisément l’origine de l’arrêt et ne pas ignorer les indices d’une origine professionnelle. La recherche de reclassement doit être loyale et approfondie, documentée par des courriers au médecin du travail et des propositions écrites au salarié. Le CSE doit être consulté avant toute proposition de reclassement. Le licenciement ne peut être notifié qu’après avoir épuisé toutes les possibilités de reclassement ou obtenu un refus du salarié. La lettre de licenciement doit mentionner l’impossibilité de reclassement et les raisons pour lesquelles les postes disponibles ne peuvent être proposés. Les indemnités doivent être calculées selon le régime renforcé (indemnité spéciale doublée et indemnité compensatrice). Le cabinet DAIRIA Avocats accompagne les employeurs dans la gestion des inaptitudes d’origine professionnelle.

À retenir : La protection est renforcée en cas d’AT/MP. Le licenciement n’est possible que pour faute grave ou motif étranger à la maladie. Les indemnités sont doublées. Toute violation entraîne la nullité avec 12 mois minimum de dommages et intérêts.

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