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Permis de feu et travaux dangereux : réglementation et bonnes pratiques

Sofiane Coly Sofiane Coly
28 mars 2026 4 min de lecture
Permis de feu et travaux dangereux : réglementation et bonnes pratiques

Les travaux par points chauds (soudage, découpage, meulage, brasage) constituent l’une des premières causes d’incendie et d’explosion sur les lieux de travail. Le permis de feu est un document de sécurité dont l’établissement est obligatoire avant tout travail par points chauds en dehors des postes de travail permanents prévus à cet effet. Sa mise en œuvre rigoureuse est un impératif de prévention des accidents du travail.

Le cadre réglementaire du permis de feu

L’obligation du permis de feu résulte de plusieurs textes. L’article R. 4512-7 du Code du travail intègre les travaux de soudage dans la liste des travaux dangereux nécessitant un plan de prévention écrit. L’arrêté du 19 mars 1993 cite expressément les « travaux de soudage et de découpage » parmi les travaux dangereux. Les règles APSAD (R6 notamment) et les recommandations de la CNAM complètent le dispositif réglementaire.

Par ailleurs, de nombreuses conventions collectives et règlements intérieurs imposent le permis de feu comme condition préalable à tout travail par points chauds. Les assureurs exigent également cette mesure dans les clauses de prévention des contrats d’assurance incendie.

Les travaux concernés par le permis de feu

Le permis de feu s’applique à tous les travaux impliquant une source de chaleur susceptible de provoquer un incendie ou une explosion, lorsqu’ils sont réalisés en dehors des postes de travail permanents dédiés. Sont concernés : le soudage (à l’arc, au chalumeau, MIG, TIG), le découpage au chalumeau ou à la disqueuse, le meulage, le brasage, l’utilisation de lampe à souder ou de décapeur thermique, et le gougeage.

Le contenu du permis de feu

Le permis de feu est un document écrit qui doit contenir les informations suivantes : la nature des travaux et leur localisation précise, la date et les horaires d’exécution, l’identification des intervenants et de leur qualification, l’analyse des risques liés à l’environnement (matériaux combustibles, substances inflammables, atmosphères explosives), les mesures de prévention prises avant les travaux (dégagement de la zone, bâchage, arrosage), les moyens d’extinction à disposition, et la surveillance à assurer pendant et après les travaux.

Les trois phases du permis de feu : 1) Avant les travaux : inspection de la zone, dégagement des matériaux combustibles, mise en place des protections ; 2) Pendant les travaux : surveillance par un opérateur dédié, moyens d’extinction à portée ; 3) Après les travaux : surveillance de la zone pendant au moins 2 heures (recommandation APSAD R6).

La procédure de délivrance

Le permis de feu est délivré par le chef de l’entreprise utilisatrice ou son représentant (responsable sécurité, chef d’atelier). Il est signé conjointement par le donneur d’ordre, le chef de l’entreprise intervenante, et l’exécutant. Le permis est valable pour une durée limitée (généralement une journée) et pour une zone de travail définie. Tout changement de conditions (lieu, durée, nature des travaux) nécessite la délivrance d’un nouveau permis.

Les travaux en atmosphère explosive (ATEX)

Lorsque les travaux par points chauds sont réalisés dans ou à proximité d’une zone classée ATEX, des précautions supplémentaires s’imposent conformément aux articles R. 4227-42 et suivants du Code du travail. Le permis de feu doit intégrer les résultats des mesures d’explosimétrie, la procédure de mise en sécurité de la zone (purge, inertage, ventilation), et les conditions de levée de l’interdiction de travaux par points chauds.

La responsabilité en cas d’accident

L’absence de permis de feu lors de travaux par points chauds ayant causé un accident constitue un manquement caractérisé à l’obligation de sécurité. La faute inexcusable peut être reconnue à l’encontre de l’entreprise utilisatrice comme de l’entreprise intervenante. La responsabilité pénale du chef d’entreprise peut également être engagée pour mise en danger délibérée (article 223-1 du Code pénal) ou homicide involontaire (article 221-6).

Bonnes pratiques et outils numériques

Les entreprises les plus avancées en matière de prévention recourent à des outils numériques de gestion des permis de feu : applications mobiles permettant la saisie et la validation en temps réel, géolocalisation des zones de travaux, alertes automatiques en cas de dépassement de la durée autorisée, et archivage dématérialisé. Ces outils améliorent la traçabilité et facilitent le contrôle de conformité.

Sources juridiques : Articles R. 4512-7, R. 4227-42 à R. 4227-57 du Code du travail ; Arrêté du 19 mars 1993 ; Règle APSAD R6 ; Articles 221-6, 223-1 du Code pénal ; Articles L. 4121-1 et L. 4121-2 du Code du travail.

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