Lorsque le SMIC augmente plus vite que les grilles de salaires minima conventionnels, les premiers niveaux de classification se retrouvent en dessous du minimum légal. Ce phénomène de « rattrapage » ou « écrasement » des grilles conventionnelles concerne de nombreuses branches professionnelles et place les employeurs dans une situation juridique délicate. Comment réagir ? Quelles obligations respecter ?
Le mécanisme du rattrapage
Le SMIC est revalorisé chaque année au 1er janvier et peut faire l’objet de revalorisations exceptionnelles en cours d’année en cas d’inflation (article L. 3231-5 du Code du travail). Les salaires minima conventionnels, en revanche, ne sont révisés que par la négociation de branche, à un rythme souvent plus lent.
Lorsque le SMIC dépasse les premiers échelons d’une grille conventionnelle, plusieurs conséquences se produisent :
- Les salariés des niveaux les plus bas doivent être rémunérés au moins au SMIC, le minimum légal primant toujours sur le minimum conventionnel inférieur (article L. 3231-3).
- Les écarts entre niveaux de classification se réduisent, voire disparaissent, créant un tassement des rémunérations.
- Les salariés ayant de l’ancienneté et des qualifications supérieures se retrouvent rémunérés au même niveau que les débutants, source de démotivation et de contentieux.
Les obligations de l’employeur
Respecter le SMIC en toutes circonstances
L’article L. 3231-2 du Code du travail impose que tout salarié bénéficie d’une rémunération au moins égale au SMIC. Cette obligation s’applique indépendamment de la grille conventionnelle. L’employeur qui maintiendrait un salarié à un minimum conventionnel inférieur au SMIC s’expose à des sanctions pénales (contravention de 5e classe) et à des rappels de salaires.
Vérifier la base de comparaison
Pour apprécier si la rémunération atteint le SMIC, il convient d’inclure le salaire de base et certains compléments de salaire constituant la contrepartie du travail, mais d’exclure :
- Les remboursements de frais.
- Les majorations pour heures supplémentaires.
- Les primes d’ancienneté (selon les conventions).
- Les primes de participation et d’intéressement.
Obligation de négociation de branche
L’article L. 2241-1 du Code du travail impose une négociation obligatoire sur les salaires au niveau de la branche au moins une fois par an. Lorsque les minima conventionnels sont inférieurs au SMIC, la branche est tenue d’ouvrir des négociations dans un délai de 45 jours (article L. 2241-10). À défaut, le ministre du Travail peut engager une procédure de fusion de la branche défaillante.
Exemple concret
Dans une entreprise relevant de la convention collective du commerce de détail alimentaire, la grille prévoit un minimum au coefficient 1A de 1 750 euros bruts mensuels. Au 1er janvier 2026, le SMIC mensuel brut s’établit à un niveau supérieur. L’employeur doit alors :
- Immédiatement ajuster la rémunération des salariés concernés au niveau du SMIC.
- Vérifier l’impact sur les niveaux supérieurs et envisager un réajustement de l’ensemble de la grille pour maintenir la hiérarchie des rémunérations.
- Anticiper la prochaine NAO (négociation annuelle obligatoire) pour formaliser ces ajustements.
Points de vigilance
- Ne pas confondre minimum conventionnel et salaire réel : un salarié peut percevoir un salaire réel supérieur au SMIC même si le minimum conventionnel est inférieur. C’est le salaire effectivement versé qui compte.
- Attention aux rappels de salaires : le délai de prescription est de trois ans (article L. 3245-1). Un salarié peut réclamer un rappel sur cette période.
- Risque de contentieux collectif : le tassement des grilles génère des tensions sociales et des réclamations en cascade.
- Surveiller les arrêtés d’extension : les nouveaux avenants salariaux négociés en branche ne s’appliquent à toutes les entreprises du secteur qu’après leur extension par arrêté ministériel.
Conclusion
Le rattrapage des grilles conventionnelles par le SMIC est un phénomène récurrent qui impose aux employeurs une vigilance permanente. Au-delà du respect du minimum légal, la gestion du tassement des rémunérations est un enjeu de politique salariale et de dialogue social dans l’entreprise.
Le cabinet DAIRIA Avocats, spécialiste en droit du travail et conventions collectives, vous accompagne dans toutes vos problématiques conventionnelles. Contactez-nous pour une consultation personnalisée.
📚 Pour aller plus loin
- → Convention collective de la Boulangerie-pâtisserie : revalorisation des salaires minima conventionnels 2025 suite à la hausse du SMIC
- → SMIC 2026 : montant, revalorisation et impact sur les minima conventionnels
- → SMIC 2026 : montant, impact sur votre masse salariale et minima conventionnels
- → SMIC 2026 : Montant, Impact et Répercussions sur les Minima Conventionnels pour les Employeurs
- → SMIC 2026 : montant prévu et impact sur les minima conventionnels pour les employeurs