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Actu jurisprudentielle

CSP : la contribution de l’employeur limitée à 3 mois de préavis (Cass. soc., 18 mars 2026, n° 24-21.643)

Sofiane Coly Sofiane Coly
18 mars 2026 ⏱ 10 min de lecture

Contrat de sécurisation professionnelle : la contribution employeur plafonnée à trois mois

Par un arrêt du 18 mars 2026 (n° 24-21.643), la chambre sociale de la Cour de cassation confirme que la contribution de l’employeur au contrat de sécurisation professionnelle (CSP) correspond à l’indemnité compensatrice de préavis que le salarié aurait perçue, dans la limite de trois mois de salaire, majorée de l’ensemble des cotisations et contributions obligatoires afférentes. Un préavis conventionnel supérieur à trois mois n’a pas pour effet d’augmenter cette contribution.

Cet arrêt apporte une sécurité juridique bienvenue pour les employeurs dont les conventions collectives prévoient des préavis longs. L’analyse de DAIRIA Avocats.

Les faits de l’espèce

Un cabinet d’avocats a procédé au licenciement pour motif économique d’un avocat salarié. Conformément à ses obligations, l’employeur a proposé au salarié d’adhérer au contrat de sécurisation professionnelle (CSP), dispositif prévu par les articles L. 1233-65 et suivants du Code du travail.

Le salarié a accepté le CSP. L’employeur a versé à France Travail (ex-Pôle emploi) la contribution prévue à l’article L. 1233-69 du Code du travail, calculée sur la base de trois mois de salaire majorés des cotisations afférentes.

France Travail a contesté le montant de cette contribution, estimant qu’elle devait être calculée sur la base de la totalité du préavis conventionnel applicable à l’avocat salarié, lequel était supérieur à trois mois en application de la convention collective nationale des avocats salariés. L’organisme soutenait que la contribution devait correspondre à l’intégralité de l’indemnité compensatrice de préavis que le salarié aurait perçue, sans plafonnement.

Le cabinet d’avocats a contesté cette interprétation devant les juridictions. La cour d’appel a donné raison à France Travail et a condamné l’employeur à verser un complément de contribution calculé sur la totalité du préavis conventionnel. L’employeur a formé un pourvoi en cassation.

Le problème juridique posé

La question soumise à la Cour de cassation était la suivante : lorsque le préavis conventionnel du salarié est supérieur à trois mois, la contribution de l’employeur au CSP doit-elle être calculée sur la totalité de ce préavis ou est-elle plafonnée à trois mois de salaire ?

Cette question portait sur l’interprétation de l’article L. 1233-69 du Code du travail, qui prévoit que l’employeur contribue au financement du CSP par le versement d’une somme correspondant à « l’indemnité compensatrice de préavis » du salarié. Le texte ne précise pas explicitement si cette contribution est plafonnée, mais renvoie aux dispositions réglementaires et conventionnelles encadrant le CSP.

L’enjeu financier est significatif pour les employeurs dont les salariés bénéficient de préavis conventionnels longs (cadres supérieurs, professions réglementées, avocats salariés), qui peuvent atteindre quatre, cinq voire six mois de salaire.

La solution de la Cour de cassation

La Cour de cassation casse l’arrêt d’appel et donne raison à l’employeur.

La chambre sociale juge que la contribution de l’employeur au financement du CSP est plafonnée à trois mois de salaire, majorée des cotisations et contributions obligatoires afférentes, quel que soit le préavis conventionnel applicable au salarié.

La Cour se fonde sur les dispositions combinées de l’article L. 1233-69 du Code du travail et de la convention relative au CSP, qui fixent le montant de la contribution à « l’indemnité compensatrice de préavis que le salarié aurait perçue s’il n’avait pas bénéficié du CSP, dans la limite de trois mois de salaire ». Cette limite est une règle d’ordre public conventionnel qui s’impose tant à l’employeur qu’à France Travail.

« La contribution de l’employeur au financement du contrat de sécurisation professionnelle, prévue à l’article L. 1233-69 du code du travail, est égale au montant de l’indemnité compensatrice de préavis que le salarié aurait perçue, dans la limite de trois mois de salaire majorée de l’ensemble des cotisations et contributions obligatoires afférentes. Le préavis conventionnel, fût-il supérieur à trois mois, n’a pas pour effet d’augmenter cette contribution au-delà de ce plafond. »

La Cour précise toutefois que cette limitation de la contribution au CSP ne prive pas le salarié de ses droits : si le préavis conventionnel est supérieur à trois mois, le salarié conserve le droit à l’indemnité compensatrice de préavis pour la fraction excédant trois mois, versée directement par l’employeur.

Le contexte juridique

Le contrat de sécurisation professionnelle (CSP)

Le CSP est un dispositif d’accompagnement renforcé des salariés licenciés pour motif économique dans les entreprises de moins de 1 000 salariés (ou en redressement ou liquidation judiciaire quelle que soit la taille). Il est prévu par les articles L. 1233-65 à L. 1233-70 du Code du travail et par la convention relative au CSP conclue entre les partenaires sociaux et l’État.

Le CSP offre au salarié qui y adhère un accompagnement personnalisé pendant 12 mois, comprenant notamment :

  • Un suivi individualisé par un conseiller dédié ;
  • Des actions de formation et de reconversion ;
  • Une allocation de sécurisation professionnelle (ASP) représentant 75 % du salaire journalier de référence pendant les 12 premiers mois ;
  • Des périodes de travail en entreprise.

Le financement du CSP par l’employeur

L’article L. 1233-69 du Code du travail prévoit que l’employeur contribue au financement du CSP. Cette contribution se substitue au préavis que le salarié ne peut pas exécuter puisqu’il quitte l’entreprise dès l’acceptation du CSP. L’adhésion au CSP emporte en effet rupture du contrat de travail dès l’expiration du délai de réflexion de 21 jours, sans exécution du préavis.

La convention CSP précise que la contribution est égale au montant de l’indemnité compensatrice de préavis, dans la limite de trois mois de salaire, majorée des cotisations et contributions. Cette limite existait dans les conventions successives mais n’avait pas fait l’objet d’une validation explicite par la Cour de cassation dans un cas où le préavis conventionnel excédait trois mois.

Le sort du préavis excédant trois mois

Lorsque le préavis conventionnel est supérieur à trois mois, la question du sort de la fraction excédentaire se posait. La Cour de cassation apporte une réponse claire : l’employeur doit verser directement au salarié l’indemnité compensatrice de préavis correspondant à la fraction du préavis qui excède trois mois. Cette somme n’est pas versée à France Travail dans le cadre de la contribution CSP mais directement au salarié lors du solde de tout compte.

Ainsi, la charge financière totale pour l’employeur comprend :

  • La contribution CSP correspondant à trois mois de salaire brut majorés des cotisations, versée à France Travail ;
  • L’indemnité compensatrice de préavis pour la fraction excédant trois mois, versée directement au salarié ;
  • L’indemnité de licenciement calculée selon les règles légales ou conventionnelles.

L’intérêt de la décision pour l’employeur

Un plafonnement protecteur de l’employeur

Cet arrêt sécurise la position des employeurs dont les salariés bénéficient de préavis conventionnels longs. En confirmant le plafonnement de la contribution CSP à trois mois, la Cour de cassation évite que le coût du CSP ne devienne disproportionné pour certains employeurs.

Sans ce plafonnement, un employeur dont le salarié bénéficie d’un préavis conventionnel de six mois aurait dû verser à France Travail six mois de salaire brut majorés des cotisations, soit un coût considérablement plus élevé. Le plafonnement à trois mois constitue donc une protection significative.

La clarification de la ventilation des sommes

L’arrêt clarifie également la répartition des sommes entre France Travail et le salarié. L’employeur doit :

  • Verser à France Travail : la contribution CSP plafonnée à trois mois de salaire brut + cotisations ;
  • Verser au salarié : l’indemnité compensatrice de préavis pour la partie excédant trois mois + l’indemnité de licenciement + les éventuels autres éléments du solde de tout compte.

Cette ventilation claire permet aux employeurs de budgétiser précisément le coût d’un licenciement économique avec CSP.

Les recommandations pratiques

À la suite de cet arrêt, les employeurs doivent :

  • Vérifier le préavis conventionnel applicable : identifier précisément la durée du préavis applicable au salarié selon la convention collective et son statut (employé, agent de maîtrise, cadre) ;
  • Calculer correctement la contribution CSP : la limiter à trois mois de salaire brut majorés des cotisations, même si le préavis conventionnel est plus long ;
  • Verser la fraction excédentaire au salarié : ne pas oublier de verser directement au salarié l’indemnité compensatrice de préavis pour la partie excédant trois mois ;
  • Documenter le calcul : conserver dans le dossier du salarié le détail du calcul de la contribution CSP et de l’indemnité compensatrice de préavis, pour pouvoir justifier les montants en cas de contestation par France Travail ;
  • Résister aux demandes excessives de France Travail : si France Travail réclame une contribution supérieure à trois mois, l’employeur peut s’appuyer sur cet arrêt pour contester la demande.

L’impact budgétaire pour les entreprises à préavis longs

Pour les professions à préavis conventionnels longs (cadres dirigeants, avocats salariés, médecins du travail, certains ingénieurs), la décision a un impact budgétaire non négligeable. Prenons l’exemple d’un avocat salarié avec un préavis conventionnel de six mois et un salaire mensuel brut de 8 000 euros :

  • Contribution CSP : 3 x 8 000 = 24 000 euros brut + cotisations patronales (environ 10 800 euros) = 34 800 euros versés à France Travail ;
  • Indemnité préavis excédentaire : 3 x 8 000 = 24 000 euros brut versés au salarié ;
  • Coût total lié au préavis : environ 58 800 euros.

Sans le plafonnement, la contribution CSP aurait été de 6 x 8 000 = 48 000 euros brut + cotisations (environ 21 600 euros) = 69 600 euros versés à France Travail, soit un surcoût de 34 800 euros.

FAQ – Questions fréquentes

La contribution CSP est-elle toujours plafonnée à trois mois ?

Oui. Quel que soit le préavis conventionnel applicable au salarié, la contribution de l’employeur au CSP est plafonnée à trois mois de salaire brut majorés des cotisations et contributions obligatoires. Cette règle est confirmée par l’arrêt du 18 mars 2026.

Que devient la fraction du préavis excédant trois mois ?

Le salarié conserve le droit à l’indemnité compensatrice de préavis pour la fraction excédant trois mois. Cette indemnité est versée directement par l’employeur au salarié lors du solde de tout compte, et non à France Travail dans le cadre de la contribution CSP.

L’employeur peut-il contester une demande de France Travail supérieure à trois mois ?

Oui, absolument. Si France Travail réclame une contribution calculée sur la totalité du préavis conventionnel (au-delà de trois mois), l’employeur peut contester cette demande en se fondant sur cet arrêt de la Cour de cassation et sur les dispositions de la convention CSP.

Le salarié en CSP perd-il des droits si son préavis est supérieur à trois mois ?

Non. Le salarié perçoit directement de l’employeur l’indemnité compensatrice de préavis pour la fraction excédant trois mois. Il bénéficie en outre de l’intégralité des droits liés au CSP (accompagnement, allocation de sécurisation professionnelle) pendant 12 mois.

Cette règle s’applique-t-elle aux entreprises en redressement ou liquidation judiciaire ?

Oui, la règle du plafonnement à trois mois s’applique indépendamment de la situation de l’entreprise. En cas de redressement ou de liquidation judiciaire, la contribution CSP est prise en charge par l’AGS (Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des Salariés) dans les mêmes conditions, c’est-à-dire dans la limite de trois mois de salaire.

Comment calculer la contribution CSP pour un salarié à temps partiel ?

La contribution est calculée sur la base du salaire que le salarié à temps partiel aurait perçu pendant la durée du préavis (dans la limite de trois mois), proratisé selon sa durée contractuelle de travail. Un salarié à mi-temps avec un salaire brut mensuel de 2 000 euros génère une contribution de 3 x 2 000 = 6 000 euros brut + cotisations.


Cet article a été rédigé par l’équipe de DAIRIA Avocats, cabinet spécialisé en droit social et ressources humaines. Pour toute question relative au contrat de sécurisation professionnelle, au licenciement économique ou au calcul des indemnités de rupture, nos avocats sont à votre disposition.

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