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Actu législative et réglementaire

Apprentissage : nouveau seuil d’exonération à 50 % du SMIC depuis mars 2025

Sofiane Coly Sofiane Coly
1 avril 2026 ⏱ 13 min de lecture

Introduction : une réforme majeure du régime social de l’apprentissage

Le régime social de l’apprentissage a connu une transformation significative avec l’entrée en vigueur, le 1er mars 2025, d’un nouveau seuil d’exonération de cotisations salariales abaissé à 50 % du SMIC. Cette mesure, prévue par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025 (LFSS 2025) et précisée par décret d’application, modifie en profondeur le calcul du coût de l’apprentissage pour les entreprises et impacte directement le bulletin de paie des apprentis.

Pour les gestionnaires de paie, les responsables des ressources humaines et les experts-comptables, cette réforme nécessite une mise à jour immédiate des paramétrages de paie et une compréhension fine des nouvelles règles applicables. Cet article analyse en détail les modifications apportées, leurs conséquences pratiques sur le bulletin de paie, et les points de vigilance à observer pour sécuriser le traitement de la rémunération des apprentis.

1. Rappel du régime antérieur : exonération à 79 % du SMIC

1.1 Le principe d’exonération salariale historique

Avant le 1er mars 2025, les apprentis bénéficiaient d’une exonération totale de cotisations salariales, y compris la CSG et la CRDS, sur la fraction de leur rémunération n’excédant pas 79 % du SMIC mensuel brut. Ce seuil, fixé par l’article L. 6243-2 du Code du travail dans sa rédaction antérieure, avait pour objectif de garantir aux apprentis une rémunération nette la plus proche possible de leur rémunération brute.

Concrètement, pour un SMIC mensuel brut de 1 801,80 € au 1er janvier 2025 (base 35 heures), le seuil d’exonération s’établissait à 1 801,80 € × 79 % = 1 423,42 €. La quasi-totalité des apprentis percevant une rémunération inférieure à ce seuil, l’exonération couvrait l’intégralité de leur rémunération dans la très grande majorité des cas.

1.2 Un régime particulièrement favorable

Ce régime d’exonération à 79 % du SMIC présentait l’avantage de la simplicité : pour la plupart des apprentis, le brut égalait le net (hors mutuelle obligatoire le cas échéant). Seuls les apprentis les plus âgés (26 ans et plus, rémunérés à 100 % du SMIC ou du salaire minimum conventionnel) ou ceux en troisième année d’apprentissage pouvaient voir leur rémunération dépasser le seuil et être soumis à des cotisations salariales sur la fraction excédentaire.

2. Le nouveau régime : abaissement du seuil à 50 % du SMIC

2.1 Entrée en vigueur au 1er mars 2025

La LFSS 2025 a modifié l’article L. 6243-2 du Code du travail pour abaisser le seuil d’exonération de cotisations salariales de 79 % à 50 % du SMIC mensuel brut. Le décret d’application, publié au Journal officiel, a fixé la date d’entrée en vigueur au 1er mars 2025.

Le nouveau seuil s’établit donc à 1 801,80 € × 50 % = 900,90 € (sur la base du SMIC au 1er janvier 2025). Ce seuil s’applique mensuellement et doit être proratisé en cas de temps partiel, d’absence ou de mois incomplet.

2.2 Portée de l’abaissement

L’abaissement du seuil a pour conséquence directe d’élargir considérablement la base soumise à CSG et CRDS pour les apprentis. En effet, au-delà de 50 % du SMIC, la rémunération de l’apprenti est désormais soumise aux prélèvements suivants :

  • CSG au taux de 9,20 % (dont 6,80 % déductibles et 2,40 % non déductibles) ;
  • CRDS au taux de 0,50 % (non déductible).

Le total des prélèvements s’élève donc à 9,70 % sur la fraction de rémunération excédant 50 % du SMIC. L’assiette de la CSG/CRDS est calculée sur 98,25 % de la rémunération (application de l’abattement de 1,75 % pour frais professionnels), dans la limite de quatre plafonds annuels de la Sécurité sociale.

2.3 Cotisations salariales autres que CSG/CRDS

Il est important de préciser que l’exonération de cotisations salariales (assurance maladie, vieillesse, chômage) demeure applicable dans la limite de 50 % du SMIC. Au-delà de ce seuil, les cotisations salariales de droit commun deviennent théoriquement exigibles. Toutefois, en pratique, c’est principalement la CSG et la CRDS qui constituent l’impact le plus significatif pour les apprentis, les autres cotisations salariales restant limitées dans la plupart des configurations de rémunération.

3. Impact sur la grille de rémunération des apprentis

3.1 Rappel de la grille légale de rémunération

La rémunération minimale des apprentis est fixée en pourcentage du SMIC (ou du salaire minimum conventionnel s’il est plus favorable) selon l’âge de l’apprenti et l’année d’exécution du contrat. La grille applicable en 2025 est la suivante :

Apprentis de 16-17 ans :

  • 1ère année : 27 % du SMIC (486,49 €)
  • 2ème année : 39 % du SMIC (702,70 €)
  • 3ème année : 55 % du SMIC (990,99 €)

Apprentis de 18-20 ans :

  • 1ère année : 43 % du SMIC (774,77 €)
  • 2ème année : 51 % du SMIC (918,92 €)
  • 3ème année : 67 % du SMIC (1 207,21 €)

Apprentis de 21-25 ans :

  • 1ère année : 53 % du SMIC (954,95 €)
  • 2ème année : 61 % du SMIC (1 099,10 €)
  • 3ème année : 78 % du SMIC (1 405,40 €)

Apprentis de 26 ans et plus :

  • Toutes années : 100 % du SMIC (1 801,80 €)

3.2 Identification des apprentis impactés

Avec le nouveau seuil à 50 % du SMIC (900,90 €), les apprentis dont la rémunération dépasse ce montant sont désormais soumis à la CSG/CRDS sur la fraction excédentaire. Sont donc directement impactés :

  • Les apprentis de 16-17 ans en 3ème année (55 % du SMIC = 990,99 €) ;
  • Les apprentis de 18-20 ans dès la 2ème année (51 % du SMIC = 918,92 €) ;
  • Les apprentis de 21-25 ans dès la 1ère année (53 % du SMIC = 954,95 €) ;
  • Les apprentis de 26 ans et plus (100 % du SMIC = 1 801,80 €).

En revanche, les apprentis de 16-17 ans en 1ère année (27 % = 486,49 €) et 2ème année (39 % = 702,70 €), ainsi que les apprentis de 18-20 ans en 1ère année (43 % = 774,77 €), restent totalement exonérés car leur rémunération est inférieure à 50 % du SMIC.

4. Impact concret sur le bulletin de paie

4.1 Exemple chiffré : apprenti de 21 ans en 2ème année

Prenons l’exemple d’un apprenti de 21 ans en 2ème année, rémunéré à 61 % du SMIC soit 1 099,10 € brut mensuel.

Avant le 1er mars 2025 (seuil à 79 % du SMIC = 1 423,42 €) :

  • Rémunération brute : 1 099,10 €
  • Rémunération inférieure au seuil de 79 % → exonération totale
  • Net à payer : 1 099,10 €

Depuis le 1er mars 2025 (seuil à 50 % du SMIC = 900,90 €) :

  • Rémunération brute : 1 099,10 €
  • Fraction exonérée : 900,90 €
  • Fraction soumise à CSG/CRDS : 1 099,10 € – 900,90 € = 198,20 €
  • Assiette CSG/CRDS (après abattement 1,75 %) : 198,20 € × 98,25 % = 194,73 €
  • CSG : 194,73 € × 9,20 % = 17,92 €
  • CRDS : 194,73 € × 0,50 % = 0,97 €
  • Total prélevé : 18,89 €
  • Net à payer : 1 080,21 €

La perte nette pour l’apprenti s’élève donc à 18,89 € par mois, soit environ 227 € par an.

4.2 Exemple chiffré : apprenti de 26 ans et plus

Pour un apprenti de 26 ans et plus, rémunéré à 100 % du SMIC soit 1 801,80 € brut mensuel, l’impact est bien plus significatif :

  • Fraction soumise : 1 801,80 € – 900,90 € = 900,90 €
  • Assiette CSG/CRDS : 900,90 € × 98,25 % = 885,13 €
  • CSG + CRDS : 885,13 € × 9,70 % = 85,86 €
  • Perte nette mensuelle : 85,86 €, soit environ 1 030 € par an

Cet impact est loin d’être négligeable pour les apprentis les plus âgés et constitue un point d’attention majeur pour les services RH lors de l’information des candidats à l’apprentissage.

5. Cotisations patronales : la réduction générale applicable

5.1 Calcul de droit commun

Côté employeur, les cotisations patronales sur la rémunération des apprentis sont soumises au régime de droit commun. La réduction générale de cotisations patronales (dite « réduction Fillon ») est applicable selon les mêmes modalités que pour les autres salariés. Le coefficient de réduction est calculé en fonction du rapport entre la rémunération annuelle brute et le SMIC annuel, selon la formule habituelle.

5.2 Impact sur le coût global de l’apprentissage

La réduction générale permet de réduire significativement le coût patronal de l’apprentissage, en particulier pour les apprentis dont la rémunération est proche du SMIC. Le calcul du coefficient de réduction tient compte de la rémunération réelle de l’apprenti (et non d’une rémunération reconstituée), ce qui conduit à un coefficient élevé pour les apprentis les moins rémunérés.

Pour les entreprises de moins de 50 salariés, le coefficient maximal de la réduction générale atteint 0,3194 (valeur 2025), ce qui permet une réduction substantielle des cotisations patronales. Pour les entreprises de 50 salariés et plus, le coefficient maximal est de 0,3234 (incluant la contribution FNAL au taux majoré).

6. Aide à l’embauche des apprentis en 2025

6.1 Maintien de l’aide de 6 000 euros

L’aide à l’embauche des apprentis, fixée à 6 000 euros pour la première année d’exécution du contrat, est maintenue en 2025. Cette aide est versée mensuellement (500 € par mois pendant 12 mois) et concerne tous les contrats d’apprentissage conclus entre le 1er janvier et le 31 décembre 2025, sans condition de taille d’entreprise ni de niveau de diplôme préparé.

6.2 Conditions d’éligibilité

Pour bénéficier de l’aide, l’employeur doit :

  • Conclure un contrat d’apprentissage entre le 1er janvier et le 31 décembre 2025 ;
  • Déposer le contrat auprès de l’opérateur de compétences (OPCO) dans les délais réglementaires ;
  • Transmettre la DSN mensuelle permettant le versement automatique de l’aide par l’ASP (Agence de services et de paiement).

L’aide est cumulable avec les exonérations de cotisations sociales applicables aux apprentis. Elle permet de couvrir une part significative du coût salarial de l’apprenti en première année, rendant l’apprentissage financièrement très attractif malgré la réforme du seuil d’exonération.

7. Cas particulier du secteur public

7.1 Exonération spécifique maintenue

Les employeurs du secteur public non industriel et commercial bénéficient d’un régime d’exonération spécifique pour les apprentis, distinct du régime de droit commun. Ce régime, prévu par l’article L. 6227-8-1 du Code du travail, prévoit une exonération totale de cotisations patronales (hors cotisations de retraite additionnelle de la fonction publique) et est maintenu sans modification par la LFSS 2025.

7.2 Articulation avec le nouveau seuil

L’abaissement du seuil d’exonération salariale à 50 % du SMIC s’applique également aux apprentis du secteur public. En revanche, le régime d’exonération patronale spécifique est inchangé, ce qui maintient un avantage pour les employeurs publics par rapport au droit commun.

8. Impacts en DSN

8.1 Déclaration des cotisations salariales

La mise en œuvre du nouveau seuil nécessite une adaptation des paramétrages DSN. Les éditeurs de logiciels de paie ont dû mettre à jour les règles de calcul pour distinguer la part exonérée (jusqu’à 50 % du SMIC) de la part soumise (au-delà de 50 % du SMIC). Les codes types de personnel (CTP) spécifiques aux apprentis doivent être correctement renseignés pour éviter toute anomalie déclarative.

8.2 Points de vigilance

Les gestionnaires de paie doivent être particulièrement vigilants sur les points suivants :

  • Le prorata du seuil en cas de mois incomplet (embauche ou départ en cours de mois) ;
  • Le prorata du seuil en cas de temps partiel ;
  • La gestion de la période transitoire (avant et après le 1er mars 2025 sur le même mois de mars) ;
  • La bonne imputation des CTP sur les blocs de cotisations en DSN ;
  • La vérification des taux de CSG/CRDS appliqués (9,20 % + 0,50 % sur l’assiette après abattement).

9. Analyse d’impact : un changement de paradigme pour l’attractivité de l’apprentissage ?

9.1 Un surcoût net pour l’apprenti

L’abaissement du seuil d’exonération représente une diminution du pouvoir d’achat pour les apprentis dont la rémunération dépasse 50 % du SMIC. Bien que l’impact soit modéré pour les apprentis les plus jeunes et les moins expérimentés, il peut être significatif pour les apprentis de 26 ans et plus, pour lesquels la perte nette atteint plus de 1 000 euros par an.

9.2 Un signal politique à surveiller

Cette mesure s’inscrit dans un contexte de recherche de recettes pour le financement de la Sécurité sociale. Elle traduit une volonté de rationaliser les exonérations sociales en les ciblant davantage sur les publics les plus fragiles. Les organisations patronales et les branches professionnelles ont exprimé leurs préoccupations quant à l’impact potentiel sur le recours à l’apprentissage, en particulier pour les publics adultes en reconversion professionnelle.

9.3 Le maintien de l’aide de 6 000 euros comme contrepoids

Le maintien de l’aide à l’embauche de 6 000 euros en 2025 constitue un facteur compensatoire important pour les employeurs. Cette aide, combinée à la réduction générale de cotisations patronales, permet de maintenir un coût net d’emploi des apprentis globalement attractif, en dépit de l’augmentation du coût brut liée au nouveau régime de cotisations salariales.

FAQ – Questions fréquentes sur le nouveau seuil d’exonération apprentissage

Le nouveau seuil de 50 % s’applique-t-il aux contrats en cours ou seulement aux nouveaux contrats ?

Le nouveau seuil de 50 % du SMIC s’applique à tous les contrats d’apprentissage en cours à compter du 1er mars 2025, et pas uniquement aux contrats conclus après cette date. Il s’agit d’une modification du régime social applicable de plein droit, sans condition de date de conclusion du contrat. Les gestionnaires de paie doivent donc mettre à jour le traitement de l’ensemble des bulletins de paie des apprentis dès la paie de mars 2025.

Comment gérer la paie du mois de mars 2025, à cheval entre l’ancien et le nouveau régime ?

Pour le mois de mars 2025, deux méthodes sont envisageables : soit un prorata temporis (application de l’ancien seuil du 1er au 28 février, puis du nouveau seuil à partir du 1er mars), soit l’application du nouveau seuil sur l’ensemble du mois de mars. Le BOSS et les instructions ministérielles recommandent l’application du nouveau seuil sur l’ensemble du mois de mars 2025 pour des raisons de simplification. Il convient de se référer aux consignes de son éditeur de paie.

L’exonération de cotisations patronales spécifique aux apprentis est-elle modifiée ?

Non, la réforme porte exclusivement sur le seuil d’exonération des cotisations salariales. Le régime des cotisations patronales n’est pas modifié : la réduction générale de cotisations patronales (réduction Fillon) reste applicable selon les mêmes modalités qu’auparavant. Les employeurs continuent de bénéficier d’un allègement significatif des charges patronales sur les rémunérations d’apprentis.

Quel impact sur la mutuelle obligatoire des apprentis ?

La participation salariale à la complémentaire santé obligatoire n’est pas modifiée par la réforme du seuil d’exonération. La cotisation salariale de mutuelle reste due dans les mêmes conditions qu’auparavant. Toutefois, les apprentis dont la part salariale de cotisation mutuelle excède 10 % de leur rémunération brute peuvent demander une dispense d’affiliation. Cette faculté demeure inchangée et peut être particulièrement pertinente pour les apprentis les plus jeunes dont la rémunération est la plus faible.

L’aide à l’embauche de 6 000 euros est-elle affectée par cette réforme ?

Non, l’aide à l’embauche des apprentis de 6 000 euros est totalement indépendante du régime de cotisations salariales. Elle est maintenue en 2025 pour tous les contrats d’apprentissage, sans condition de taille d’entreprise ni de niveau de diplôme. Le versement de l’aide reste effectué mensuellement par l’ASP, sur la base des données transmises en DSN par l’employeur.

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