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Actu législative et réglementaire

Plafond de la sécurité sociale 2025 à 3 925 € : impacts et mise en œuvre en paie

Sofiane Coly Sofiane Coly
3 janvier 2025 ⏱ 12 min de lecture

Introduction : le PMSS 2025, un paramètre central de la paie

Le Plafond Mensuel de la Sécurité Sociale (PMSS) est l’un des paramètres les plus structurants de la gestion de la paie en France. Il conditionne le calcul de nombreuses cotisations sociales, la détermination des tranches de rémunération, les seuils d’exonération des indemnités de rupture, les limites d’exonération de la protection sociale complémentaire, et bien d’autres éléments. Sa revalorisation annuelle constitue donc un événement majeur pour les gestionnaires de paie, les services RH et les directions financières.

Pour 2025, le PMSS a été fixé à 3 925 euros par mois par l’arrêté du 26 novembre 2024, publié au Journal officiel le 29 novembre 2024. Le Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (PASS) s’établit en conséquence à 47 100 euros. Cette revalorisation de 1,6 % par rapport au PMSS 2024 (3 864 euros) s’inscrit dans une tendance modérée, après la hausse plus marquée de 5,4 % entre 2023 et 2024 qui rattrapait le gel des années Covid.

Cet article analyse en détail l’ensemble des impacts de cette revalorisation sur les différentes composantes de la paie et de la gestion sociale des entreprises.

1. Historique et évolution récente du plafond de la sécurité sociale

1.1. Mécanisme de revalorisation

Le plafond de la sécurité sociale est revalorisé chaque année par arrêté ministériel, en fonction de l’évolution du salaire moyen par tête (SMPT) de l’année précédente. Ce mécanisme, prévu par l’article D.242-17 du Code de la sécurité sociale, vise à maintenir la proportionnalité entre le plafond et l’évolution générale des rémunérations.

1.2. Tableau d’évolution récente

Année PMSS PASS Évolution
2020 3 428 € 41 136 € +1,5 %
2021 3 428 € 41 136 € 0 % (gel Covid)
2022 3 428 € 41 136 € 0 % (gel Covid)
2023 3 666 € 43 992 € +6,9 %
2024 3 864 € 46 368 € +5,4 %
2025 3 925 € 47 100 € +1,6 %

On constate que le PMSS 2025 retrouve un rythme de progression modéré après les revalorisations exceptionnelles de 2023 et 2024 qui compensaient le gel des années 2021 et 2022 lié à la crise sanitaire. Cette stabilisation est cohérente avec le ralentissement de l’inflation observé en 2024.

2. Impacts sur les cotisations plafonnées

2.1. Cotisation vieillesse plafonnée

La cotisation d’assurance vieillesse plafonnée est la cotisation la plus directement impactée par la revalorisation du PMSS. Son assiette est limitée au plafond de la sécurité sociale, soit 3 925 euros par mois en 2025. Les taux sont :

  • Part patronale : 8,55 %
  • Part salariale : 6,90 %

Pour un salarié dont la rémunération brute mensuelle dépasse le PMSS, la cotisation vieillesse plafonnée est calculée sur 3 925 euros (et non sur la rémunération totale). L’augmentation du PMSS de 61 euros par mois (3 925 – 3 864) se traduit par une augmentation de la cotisation vieillesse plafonnée de :

  • Part patronale : 61 × 8,55 % = 5,22 euros/mois (soit 62,58 euros/an)
  • Part salariale : 61 × 6,90 % = 4,21 euros/mois (soit 50,51 euros/an)

2.2. Contribution au FNAL

La contribution au Fonds National d’Aide au Logement (FNAL) est calculée différemment selon l’effectif de l’entreprise. Pour les entreprises de moins de 50 salariés, le FNAL est assis sur la rémunération plafonnée au PMSS, au taux de 0,10 %. Pour les entreprises de 50 salariés et plus, le FNAL est assis sur la totalité de la rémunération, au taux de 0,50 %.

La revalorisation du PMSS n’impacte donc directement que les entreprises de moins de 50 salariés pour cette contribution. L’augmentation est marginale : 61 × 0,10 % = 0,06 euro par mois pour un salarié au plafond.

3. Impacts sur les tranches de rémunération

3.1. Tranches AGIRC-ARRCO

Les cotisations de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO sont calculées par tranches de rémunération définies en référence au PMSS :

  • Tranche 1 (T1) : de 0 à 1 PMSS, soit de 0 à 3 925 euros en 2025. Taux de cotisation : 7,87 % (dont 4,72 % patronal et 3,15 % salarial), avec un taux d’appel de 127 % portant le taux effectif à 6,20 % patronal et 3,94 % salarial.
  • Tranche 2 (T2) : de 1 à 8 PMSS, soit de 3 925 à 31 400 euros en 2025. Taux de cotisation : 21,59 % (dont 12,95 % patronal et 8,64 % salarial), avec le même taux d’appel de 127 %.

La revalorisation du PMSS modifie les bornes des tranches, ce qui peut affecter la répartition des cotisations entre T1 et T2 pour les salariés dont la rémunération se situe autour du plafond. Un salarié rémunéré 3 900 euros brut mensuel cotisait en T2 sur 36 euros en 2024 (3 900 – 3 864) ; en 2025, la totalité de sa rémunération est en T1 (3 900 < 3 925). Le taux de cotisation étant plus faible en T1 qu'en T2, ce salarié voit ses cotisations retraite complémentaire diminuer, de même que son employeur.

3.2. Prévoyance et frais de santé

Les régimes de prévoyance et de frais de santé collectifs utilisent fréquemment les tranches de rémunération pour déterminer l’assiette des cotisations et le niveau des garanties. La revalorisation du PMSS entraîne mécaniquement une modification de ces assiettes, avec un impact potentiel sur le montant des cotisations et des prestations. Les services RH doivent vérifier les contrats d’assurance collective pour évaluer ces impacts.

4. Impacts sur les seuils d’exonération des indemnités de rupture

4.1. Indemnités de licenciement et de rupture conventionnelle

Les indemnités de rupture du contrat de travail (licenciement, rupture conventionnelle, mise à la retraite) bénéficient d’une exonération de cotisations sociales dans la limite du plus élevé des montants suivants :

  • Le montant de l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement ;
  • Deux fois le montant de la rémunération annuelle brute perçue par le salarié au cours de l’année civile précédant la rupture ;
  • 50 % du montant de l’indemnité versée.

Dans tous les cas, l’exonération est plafonnée à 2 PASS, soit 94 200 euros en 2025 (contre 92 736 euros en 2024). Au-delà de ce montant, les indemnités sont intégralement soumises à cotisations sociales et à CSG-CRDS.

De plus, les indemnités de rupture dont le montant dépasse 10 PASS, soit 471 000 euros en 2025 (contre 463 680 euros en 2024), sont soumises à cotisations sociales dès le premier euro, sans aucune exonération. Ce seuil concerne principalement les cadres dirigeants bénéficiant d’indemnités contractuelles ou transactionnelles très élevées.

4.2. Implications pratiques

La revalorisation du PASS à 47 100 euros entraîne une augmentation mécanique des seuils d’exonération. Pour les entreprises qui négocient des départs, cette revalorisation offre une marge supplémentaire d’exonération de 1 464 euros (94 200 – 92 736) sur le plafond de 2 PASS. C’est un élément à intégrer dans le calcul du coût net des départs négociés en 2025.

5. Impacts sur la protection sociale complémentaire (PSC)

5.1. Limites d’exonération des contributions patronales

Les contributions patronales au financement de la protection sociale complémentaire (prévoyance, frais de santé, retraite supplémentaire) bénéficient d’une exonération de cotisations sociales dans les limites fixées par l’article L.242-1 du Code de la sécurité sociale. Ces limites sont exprimées en pourcentage du PASS et de la rémunération :

  • Prévoyance complémentaire : exonération dans la limite de 6 % du PASS + 1,5 % de la rémunération, le tout plafonné à 12 % du PASS. En 2025 : 6 % × 47 100 = 2 826 euros, plafond de 12 % × 47 100 = 5 652 euros.
  • Retraite supplémentaire : exonération dans la limite de 8 % de la rémunération annuelle brute, plafonnée à 8 PASS, soit 376 800 euros en 2025.

La revalorisation du PASS augmente mécaniquement ces limites d’exonération, offrant aux employeurs une marge supplémentaire pour financer la protection sociale de leurs salariés en franchise de cotisations. Les services RH doivent en informer les directions financières et les courtiers d’assurance pour optimiser les régimes en place.

5.2. Limites de déduction fiscale pour les salariés

Du côté des salariés, les cotisations salariales de mutuelle et de prévoyance sont déductibles du revenu imposable dans certaines limites, elles aussi indexées sur le PASS. La revalorisation du PASS 2025 augmente ces plafonds de déduction, ce qui est favorable aux salariés les plus cotisants.

6. Impacts sur les avantages en nature

6.1. Avantage en nature logement

L’évaluation forfaitaire de l’avantage en nature logement est déterminée par un barème fixé par arrêté, qui utilise le PMSS comme référence pour les tranches de rémunération. La revalorisation du PMSS modifie les bornes de ces tranches et, par conséquent, les montants forfaitaires applicables.

Le barème 2025 prend en compte le PMSS à 3 925 euros. Les tranches de rémunération pour l’évaluation de l’avantage en nature logement sont les suivantes :

  • Rémunération inférieure à 0,5 PMSS (< 1 962,50 €)
  • Rémunération de 0,5 à 0,6 PMSS (1 962,50 € à 2 355 €)
  • Et ainsi de suite par tranches de 0,1 PMSS jusqu’à 1,7 PMSS et au-delà.

Les gestionnaires de paie doivent mettre à jour les évaluations forfaitaires d’avantage en nature logement dès janvier 2025 pour refléter le nouveau barème.

6.2. Avantage en nature véhicule

L’avantage en nature véhicule n’est pas directement lié au PMSS dans son mode de calcul (il est basé sur un pourcentage du coût d’achat ou du coût de location du véhicule). Toutefois, pour les véhicules électriques, l’abattement de 50 % est plafonné à un montant qui peut être révisé annuellement. En 2025, ce plafond est de 1 964,90 euros par an.

7. Impact sur les saisies sur salaire

Les barèmes de saisie sur salaire (saisie des rémunérations) sont revalorisés chaque année en fonction de l’évolution du PMSS. Les tranches de rémunération déterminant la quotité saisissable sont exprimées en fractions du PMSS annuel. La revalorisation du PMSS à 3 925 euros modifie donc les seuils de saisie applicables en 2025.

Les services de paie traitant des saisies sur salaire doivent mettre à jour leurs barèmes dès le 1er janvier 2025. Les fractions saisissables augmentent mécaniquement, ce qui peut modifier le montant des retenues opérées sur les salaires des collaborateurs concernés.

8. Proratisation pour les temps partiels

Le PMSS est proratisé pour les salariés à temps partiel. Le plafond applicable est calculé au prorata du temps de travail contractuel par rapport à la durée légale ou conventionnelle. Par exemple, pour un salarié à 80 %, le PMSS applicable est de 3 925 × 80 % = 3 140 euros.

Cette règle de proratisation reste inchangée en 2025. Elle s’applique à toutes les cotisations plafonnées et aux tranches de rémunération AGIRC-ARRCO. Les logiciels de paie gèrent généralement cette proratisation automatiquement, mais une vérification est recommandée, notamment pour les situations complexes (multi-employeurs, temps partiel thérapeutique, etc.).

9. Suppression de la GMP : rappel

La Garantie Minimale de Points (GMP) a été supprimée depuis le 1er janvier 2019, suite à la fusion AGIRC-ARRCO. Cette cotisation minimale, qui garantissait l’acquisition d’un nombre minimum de points de retraite complémentaire pour les cadres dont la rémunération était proche ou inférieure au plafond, n’existe plus. Les gestionnaires de paie n’ont plus à la calculer ni à la déclarer. Nous le mentionnons ici car la question revient régulièrement lors des revalorisations du PMSS.

10. Mise en œuvre pratique : checklist pour les gestionnaires de paie

Pour assurer une transition fluide vers les nouveaux paramètres 2025, voici une checklist des actions à mener :

  1. Mettre à jour le PMSS dans le logiciel de paie : 3 925 euros/mois, 47 100 euros/an ;
  2. Vérifier les cotisations plafonnées : vieillesse, FNAL (entreprises < 50 salariés) ;
  3. Contrôler les tranches AGIRC-ARRCO : T1 (0-3 925 €), T2 (3 925-31 400 €) ;
  4. Mettre à jour les barèmes d’avantage en nature logement ;
  5. Actualiser les seuils d’exonération des indemnités de rupture : 2 PASS = 94 200 €, 10 PASS = 471 000 € ;
  6. Vérifier les limites d’exonération PSC : 6 % PASS, 12 % PASS ;
  7. Actualiser les barèmes de saisie sur salaire ;
  8. Réaliser des bulletins de paie tests pour valider les calculs ;
  9. Informer les salariés concernés par des modifications significatives de leurs cotisations.

FAQ : les questions les plus fréquentes

Quelle est la différence entre le PMSS et le PASS ?

Le PMSS (Plafond Mensuel de la Sécurité Sociale) est la valeur mensuelle du plafond, soit 3 925 euros en 2025. Le PASS (Plafond Annuel de la Sécurité Sociale) est la valeur annuelle, soit 47 100 euros (3 925 × 12). Le PMSS sert au calcul des cotisations mensuelles et à la détermination des tranches de rémunération. Le PASS est utilisé pour les seuils annuels (exonérations des indemnités de rupture, limites PSC, etc.).

La revalorisation du PMSS augmente-t-elle les cotisations de tous les salariés ?

Non. Seuls les salariés dont la rémunération dépasse l’ancien PMSS (3 864 euros) mais pas le nouveau (3 925 euros) voient leurs cotisations plafonnées augmenter. Pour les salariés dont la rémunération est inférieure à 3 864 euros, l’impact est nul. Pour ceux qui dépassent 3 925 euros, l’impact est maximal (cotisations calculées sur un plafond plus élevé de 61 euros).

Comment gérer la proratisation du PMSS pour les salariés en temps partiel thérapeutique ?

Le temps partiel thérapeutique est traité comme un temps partiel classique pour la proratisation du PMSS. Le plafond est calculé au prorata du temps de travail effectif par rapport à la durée légale ou conventionnelle. Par exemple, un salarié en mi-temps thérapeutique (50 %) a un PMSS de 3 925 × 50 % = 1 962,50 euros. Les IJSS perçues pendant le temps partiel thérapeutique ne sont pas prises en compte dans l’assiette des cotisations.

Le PMSS impacte-t-il les cotisations de prévoyance et de mutuelle ?

Oui, indirectement. Les cotisations de prévoyance et de mutuelle sont souvent exprimées en pourcentage des tranches de rémunération (TA, TB), elles-mêmes définies par référence au PMSS. La revalorisation du PMSS modifie les bornes des tranches et donc l’assiette des cotisations. De plus, les limites d’exonération des contributions patronales sont indexées sur le PASS, ce qui peut modifier l’assiette de la CSG-CRDS due sur ces contributions.

Quand le PMSS 2026 sera-t-il connu ?

Le PMSS de l’année N est fixé par arrêté publié au Journal officiel, généralement en novembre de l’année N-1. Le PMSS 2026 devrait donc être connu en novembre 2025. Il sera calculé sur la base de l’évolution du salaire moyen par tête constatée en 2024-2025.

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