Aller au contenu principal
report congés payés

Report de congés payés en cas de maladie : cadre légal et risques

Sofiane Coly
25 juillet 2026 ⏱ 10 min de lecture

Report des congés payés en cas de maladie pendant les vacances : le cadre employeur

Un salarié qui tombe malade pendant ses congés payés peut désormais, sous conditions, demander à reporter les jours de congé « perdus » du fait de la maladie. Pour l'employeur, la marge de refus est étroite : un rejet non justifié expose à un rappel de jours de congés, voire à des dommages-intérêts pour privation d'un droit garanti par le droit de l'Union. Concrètement, l'employeur doit distinguer deux hypothèses (maladie avant ou pendant le congé), vérifier la justification médicale produite par le salarié, et documenter sa décision. Cette note pose le cadre applicable, les zones de risque contentieux, la procédure de traitement d'une demande et les axes de défense en cas de litige.

Précision de méthode. Les développements ci-dessous s'appuient sur le principe, consacré par la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne puis intégré en droit interne, selon lequel un congé payé perdu du fait d'une incapacité de travail doit pouvoir être exercé ultérieurement. Les DRH doivent traiter chaque demande à l'aune de ce principe directeur, et non d'un réflexe de refus.

Deux situations à ne jamais confondre : maladie avant le congé, maladie pendant le congé

La première erreur opérationnelle consiste à traiter de façon identique deux hypothèses juridiquement distinctes.

Hypothèse 1 — le salarié est déjà en arrêt maladie quand débute la période de congé. Dans ce cas, le congé ne « démarre » pas : les dates initialement fixées sont neutralisées, et le salarié conserve le droit de prendre ses congés à une autre période, en principe après la reprise. Cette solution est ancienne et bien établie.

Hypothèse 2 — le salarié tombe malade au cours de ses congés déjà commencés. C'est ici que le droit a évolué. Historiquement, le droit français ne permettait pas de « récupérer » les jours de congé chevauchés par un arrêt survenu pendant les vacances : le salarié était réputé avoir pris ses congés. Cette position n'est plus tenable au regard du droit de l'Union, qui distingue nettement la finalité du congé payé (repos) de celle de l'arrêt maladie (rétablissement). Un salarié malade pendant ses vacances n'ayant pas pu « se reposer » au sens de la directive, les jours concernés doivent pouvoir être reportés.

La conséquence pratique : un DRH qui refuse par principe tout report pour l'hypothèse 2 applique une règle périmée. Le verbatim que l'on entend en audit interne est parlant : « On a toujours répondu au salarié que ses congés étaient consommés, point. Personne dans le service n'avait vu passer le changement — et on a découvert le risque quand un salarié a saisi le conseil de prud'hommes avec un certificat en main. »

Ce que l'employeur peut exiger : le justificatif médical

Le report n'est pas automatique. Il est conditionné à la production d'un justificatif par le salarié. L'employeur est fondé à demander la même preuve que pour tout arrêt de travail : un certificat ou avis d'arrêt de travail médical, transmis dans un délai raisonnable, couvrant précisément les jours de congé revendiqués au report.

Points de vigilance opérationnels :

  • Concordance des dates. Seuls les jours de congé effectivement couverts par l'arrêt médical ouvrent droit au report. Un arrêt d'une journée ne justifie pas le report d'une semaine entière.
  • Transmission par le salarié. Il appartient au salarié d'informer l'employeur de sa maladie et de justifier son état. L'employeur n'a pas à présumer la maladie ni à provoquer la demande.
  • Salarié malade à l'étranger. Lorsque le congé est pris hors de France, la question des justificatifs étrangers se pose fréquemment. L'employeur peut exiger un document médical exploitable ; en cas de doute sérieux, une contre-visite médicale reste envisageable dans les conditions de droit commun.

En l'absence de justificatif, l'employeur peut légitimement refuser le report. Ce refus-là est sécurisé : il ne repose pas sur une contestation du droit, mais sur l'absence de preuve de la condition d'ouverture.

La zone de risque : le refus abusif

Le contentieux naît quasi exclusivement du refus opposé à une demande justifiée. Trois configurations concentrent l'exposition :

  1. Le refus de principe (« les congés sont consommés »), qui méconnaît le droit au report. C'est le refus le plus fréquent et le plus fragile.
  2. Le refus pour motif d'organisation (« la période souhaitée pour le report ne nous arrange pas »). L'employeur conserve son pouvoir de fixation des dates de congé, mais il ne peut supprimer le droit lui-même. Il peut discuter la période de report, non le principe.
  3. Le refus tacite, par absence de réponse. L'inertie n'éteint pas le droit du salarié et se retourne contre l'employeur en cas de litige : elle traduit un défaut de traitement de la demande.

Le risque financier est double : rappel de jours de congés payés indûment perdus, et, le cas échéant, dommages-intérêts distincts pour privation d'un droit. Le salarié n'a pas à démontrer un préjudice sophistiqué : la privation d'un congé garanti suffit généralement à fonder l'indemnisation.

Surprise gap : le report peut survivre à la rupture du contrat

Angle que la plupart des notes internes négligent : la question du report ne s'éteint pas nécessairement au départ du salarié. Lorsqu'un salarié n'a pas pu prendre ses congés du fait de la maladie et que le contrat est rompu avant qu'il ait pu les exercer, les jours reportés basculent dans l'indemnité compensatrice de congés payés due au solde de tout compte.

Autrement dit, un DRH qui « oublie » un report accordé — ou qui l'a refusé à tort — ne solde pas le problème avec le départ du salarié : il le transforme en poste de contentieux au moment du STC. C'est un point aveugle classique : la demande de report faite en juillet ressurgit dans un contentieux prud'homal engagé après une rupture intervenue en décembre. La bonne pratique consiste donc à tracer chaque demande de report dans le dossier du salarié, y compris lorsque le report a été accordé et effectivement pris, afin de pouvoir établir a posteriori que le droit a été respecté.

Procédure de traitement d'une demande de report (étapes)

L'employeur qui veut une compliance prouvable doit formaliser un circuit unique de traitement. Étapes recommandées :

  1. Réception et horodatage de la demande. Enregistrer la date à laquelle le salarié signale sa maladie survenue pendant le congé et sollicite le report. Conserver le canal (courriel, courrier, portail RH).
  2. Vérification du justificatif. Contrôler l'existence d'un arrêt médical, sa couverture temporelle et la concordance avec les jours de congé revendiqués. Document à produire : copie de l'arrêt de travail versée au dossier.
  3. Qualification de l'hypothèse. Déterminer s'il s'agit d'une maladie survenue avant (neutralisation des dates) ou pendant le congé (report des jours chevauchés).
  4. Décision écrite motivée. Notifier au salarié l'acceptation (avec le nombre de jours reportés) ou le refus (en précisant le motif : justificatif manquant, dates non concordantes). Ne jamais laisser une demande sans réponse.
  5. Fixation de la période de report. Proposer ou arrêter, en concertation, la nouvelle période de prise, dans le respect des contraintes d'organisation et des règles de report applicables.
  6. Traçabilité. Archiver l'ensemble (demande, justificatif, décision, période de report) dans le dossier individuel, en vue d'une éventuelle défense.

Ce circuit protège l'employeur non pas parce qu'il accorde le report, mais parce qu'il prouve que chaque demande a été instruite selon une règle homogène.

Défense en cas de litige : ce que l'employeur devra établir

Devant le conseil de prud'hommes, la position défensive de l'employeur se construit sur des faits documentés, pas sur des principes. Les éléments à pouvoir produire :

  • La date et le contenu de la demande du salarié (a-t-il réellement sollicité le report, et quand ?).
  • Le justificatif médical effectivement transmis — ou l'absence de transmission, si le refus repose sur ce fondement.
  • La décision notifiée et sa motivation, prouvant que l'employeur n'a pas opposé un refus de principe.
  • La période de report proposée, démontrant que l'employeur a respecté le droit tout en exerçant son pouvoir de fixation des dates.

À l'inverse, un employeur qui ne peut produire aucune trace écrite se trouve en position défensive faible : le silence et l'absence de circuit se lisent comme un refus injustifié. C'est pourquoi la preuve du traitement vaut, en pratique, autant que la légalité de la décision elle-même.

Cadrer la question en interne avec un appui sourcé

Face à une demande de report, un DRH a besoin de qualifier vite l'hypothèse (avant / pendant) et de vérifier le fondement applicable. DAIRIA IA répond à ces questions de droit social en citant les textes et la jurisprudence pertinents : elle aide à cadrer la situation, oriente vers les bons articles et fait gagner du temps sur la compréhension des règles de report. Elle n'effectue aucune démarche à la place de l'employeur et ne se substitue pas à l'analyse d'un avocat.

Pour les situations à enjeu — refus contesté, contentieux prud'homal engagé, contrôle du dispositif de gestion des congés —, le cabinet intervient sur l'audit du circuit interne et la défense au fond. Nos avocats accompagnent la construction du dossier probatoire et la stratégie contentieuse.

Questions fréquentes

Un salarié malade pendant ses congés peut-il aussi prétendre aux indemnités journalières de sécurité sociale ?

La question du cumul entre indemnités journalières et maintien de la rémunération pendant les congés est distincte du droit au report. Le salarié doit accomplir les formalités habituelles d'arrêt de travail auprès de sa caisse. Le report des jours de congé, lui, joue sur le solde de congés, non sur l'indemnisation de l'arrêt. [À VÉRIFIER — modalités d'articulation IJSS / congé selon la situation]

L'employeur peut-il imposer la période à laquelle les congés reportés seront pris ?

Oui, l'employeur conserve son pouvoir de fixation des dates de congé. Il peut donc arrêter la période de prise des jours reportés en fonction des contraintes de l'entreprise. Ce qu'il ne peut pas faire, c'est supprimer le droit au report lui-même en refusant toute nouvelle prise.

Que se passe-t-il si le salarié ne transmet pas de justificatif médical ?

En l'absence d'arrêt de travail couvrant les jours revendiqués, l'employeur peut refuser le report sans risque particulier. Le refus repose alors sur l'absence de preuve de la condition d'ouverture, et non sur une contestation du droit. Il est prudent de notifier ce motif par écrit.

Le report est-il limité aux congés payés légaux ou couvre-t-il aussi les congés conventionnels ?

Le droit au report tel qu'il découle du droit de l'Union vise le congé payé annuel garanti. Les congés supplémentaires d'origine conventionnelle suivent le régime prévu par la convention ou l'accord collectif applicable. Il faut donc vérifier les stipulations propres à l'entreprise pour ces jours. [À VÉRIFIER — sort des congés conventionnels selon accord]

Un arrêt médical établi à l'étranger permet-il d'obtenir le report ?

Un salarié tombé malade pendant des vacances à l'étranger peut produire un document médical local, à condition qu'il soit exploitable et concorde avec les jours de congé. En cas de doute sérieux, l'employeur conserve la possibilité d'organiser une contre-visite dans les conditions de droit commun.

Combien de temps le salarié conserve-t-il ses jours de congé reportés ?

Les jours reportés doivent pouvoir être exercés dans une période de report raisonnable après la reprise. Si le contrat est rompu avant qu'ils aient pu être pris, ces jours donnent lieu à une indemnité compensatrice de congés payés au solde de tout compte.

Le refus de report peut-il justifier à lui seul une saisine prud'homale ?

Oui. La privation d'un congé payé garanti suffit généralement à fonder une demande de rappel de jours et, le cas échéant, de dommages-intérêts. Le salarié n'a pas à démontrer un préjudice complexe, ce qui rend le refus de principe particulièrement risqué pour l'employeur.

Besoin d'un accompagnement juridique ?

DAIRIA Avocats vous accompagne sur toutes vos problématiques en droit du travail, paie et sécurité sociale. Consultation initiale offerte.

Prendre rendez-vous → Tester notre IA juridique
← Tous les articles
Partager :

Articles similaires

Réforme CPF : veille sur les modalités d'encadrement en préparation

Le gouvernement réforme le CPF. Que doivent suivre les employeurs ? Synthèse des évolutions attendue...

CPF — nouvelle exigence de questionnaire projet : conformité employeur

Nouvelle obligation CPF : questionnaire de projet professionnel. Impacts RH, conformité et démarches...

Parité dirigeantes 2026 : calendrier de conformité et risque pénalité 2031

Obligation 30 % femmes dirigeantes depuis mars 2026. Calendrier des déclarations, mécanique de la pé...

Discutons de votre situation