Depuis le 1er janvier 2026, un seul dispositif remplace les trois allègements généraux de cotisations patronales qui coexistaient jusque-là : la réduction générale dégressive unique (RGDU). Elle change à la fois la formule, le calendrier de calcul et le niveau de salaire auquel l'avantage s'éteint.
1. La formule, telle qu'elle est écrite dans le décret
L'article L.241-13 III du code de la sécurité sociale renvoie à un décret le soin de fixer le mode de calcul. L'article D.241-7 II énonce la formule sans l'abréger :
avec P = 1,75
Trois éléments de cette formule sont régulièrement mal lus :
- L'exposant P s'applique au crochet entier, pas au seul rapport SMIC / rémunération. C'est lui qui donne à la courbe sa forme : la réduction décroît d'abord lentement, puis plus vite.
- Les heures supplémentaires majorent le numérateur, pas le dénominateur. Elles augmentent donc le coefficient — le dispositif ne pénalise pas l'employeur qui en fait effectuer.
- Le SMIC retenu est celui du 1er janvier (1 823,03 € mensuel en 2026, soit 21 876,36 € pour l'année), y compris après la revalorisation intervenue en cours d'année. Retenir le SMIC courant fausserait le calcul en défaveur de l'employeur.
Le résultat est arrondi au dix-millième le plus proche. S'il excède la somme Tmin + Tdelta, il est ramené à cette somme.
2. Les deux valeurs à connaître : Tmin et Tdelta
Tmin est un socle : il s'applique sur l'ensemble des rémunérations éligibles, quel que soit leur niveau. Tdelta est la part dégressive, celle qui s'ajoute au socle et disparaît progressivement à mesure que le salaire monte.
| Effectif de l'employeur | Tmin | Tdelta | Coefficient maximal |
|---|---|---|---|
| Moins de 50 salariés | 2 % | 37,81 % | 0,3981 (39,81 %) |
| 50 salariés et plus | 2 % | 38,21 % | 0,4021 (40,21 %) |
L'écart entre les deux lignes vient du taux du FNAL, plus élevé à partir de 50 salariés. Le coefficient maximal est atteint lorsque la rémunération est égale au SMIC : à ce niveau, l'exonération est totale sur les cotisations couvertes, à l'exception de la fraction du taux AT/MP propre à la sinistralité de l'entreprise — seule la part mutualisée (0,49 %) entre dans le champ.
3. Le calcul pas à pas sur un cas réel
Prenons un salarié rémunéré 2 200 € brut par mois sur douze mois, sans heure supplémentaire, dans une entreprise de moins de 50 salariés. Sa rémunération annuelle brute est de 26 400 €.
- Rapport SMIC / rémunération : 21 876,36 ⁄ 26 400 = 0,828650
- Multiplié par 3 : 2,485950
- Moins 1 : 1,485950
- Divisé par 2 : 0,742975
- Élevé à la puissance 1,75 : 0,594573
- Multiplié par Tdelta (37,81 %) : 0,224808
- Plus Tmin (2 %), arrondi à quatre décimales : 0,2448
4. Ce que la réduction représente, salaire par salaire
Le tableau ci-dessous applique la formule à plusieurs niveaux de rémunération, pour une entreprise de moins de 50 salariés, sur douze mois et sans heure supplémentaire.
| Salaire brut mensuel | Rémunération annuelle | Coefficient | Réduction annuelle | Équivalent mensuel |
|---|---|---|---|---|
| 1 823,03 € (SMIC) | 21 876,36 € | 0,3981 | 8 708,98 € | 725,75 € |
| 2 200,00 € | 26 400,00 € | 0,2448 | 6 462,72 € | 538,56 € |
| 2 500,00 € | 30 000,00 € | 0,1719 | 5 157,00 € | 429,75 € |
| 3 000,00 € | 36 000,00 € | 0,0999 | 3 596,40 € | 299,70 € |
| 4 000,00 € | 48 000,00 € | 0,0395 | 1 896,00 € | 158,00 € |
| 5 000,00 € | 60 000,00 € | 0,0218 | 1 308,00 € | 109,00 € |
La dernière ligne mérite qu'on s'y arrête. Un salarié à 5 000 € brut par mois ouvre droit à 1 308,00 € par an — non pas par dégressivité, mais parce que le socle Tmin de 2 % s'applique à toutes les rémunérations éligibles. C'est un droit nouveau pour des niveaux de salaire qui n'ouvraient auparavant sur rien.
Votre paie applique-t-elle correctement la nouvelle formule ? La bascule de 2026 a produit des écarts de calcul chez de nombreux employeurs, et l'URSSAF les redresse sur trois ans. Faire vérifier vos bulletins par un avocat.
5. Quand Tdelta n'est pas celui que vous croyez
C'est le point le plus souvent manqué, y compris par des logiciels de paie. Tdelta n'est pas une constante. Lorsque la somme des cotisations et contributions éligibles effectivement à la charge de l'employeur est inférieure à Tmin + Tdelta, la valeur de Tdelta est réduite à due concurrence.
Le BOSS en donne l'illustration : un employeur de dix salariés qui prend en charge 50 % de la cotisation de retraite complémentaire au lieu des 60 % de droit commun — par accord collectif, par exemple — n'est redevable que de 38,81 % de cotisations éligibles. Tmin reste à 2 %, mais Tdelta tombe à 36,81 %, et le coefficient maximal avec lui.
6. Le piège de l'annualisation
Le coefficient se détermine sur la rémunération annuelle brute. En pratique, l'employeur applique la réduction chaque mois par anticipation, sur la base d'une projection, puis régularise.
La difficulté est structurelle : toute rémunération versée en fin d'exercice — prime annuelle, treizième mois, intéressement soumis à cotisations — modifie rétroactivement le coefficient de l'année entière, et donc le montant déjà imputé sur chacun des mois précédents. Deux conséquences pratiques :
- Une régularisation progressive, recalculée à chaque paie sur le cumul, évite la reprise brutale de décembre. C'est la méthode que retiennent la plupart des éditeurs, mais elle doit être vérifiée.
- Les entrées et sorties en cours d'année imposent de proratiser le SMIC annuel de référence. Un salarié embauché en septembre ne se compare pas à douze mois de SMIC.
7. Ce qui a changé au 1er janvier 2026
L'article 18 de la loi n° 2025-199 du 28 février 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2025 a fusionné trois dispositifs en un seul. Les anciennes réductions proportionnelles de taux — celle qui abaissait le taux maladie sous 2,5 SMIC et celle qui abaissait le taux d'allocations familiales sous 3,5 SMIC — sont supprimées pour les périodes d'activité courant à compter du 1er janvier 2026. Les taux patronaux correspondants sont désormais uniques : 13 % pour la maladie, 5,25 % pour les allocations familiales, quel que soit le niveau de rémunération.
Quant à l'ancienne réduction générale, celle que tout le monde appelait la réduction Fillon et qui était applicable jusqu'au 31 décembre 2025, elle s'éteignait à 1,6 fois le SMIC. Le nouveau dispositif va jusqu'à trois fois le SMIC, soit 65 629,08 € de rémunération annuelle en 2026. Le champ des salaires concernés est donc considérablement élargi, et le calcul devient annuel là où il était mensuel.
Pour l'employeur, la conséquence concrète est double : un avantage étendu à des niveaux de salaire qui n'y avaient pas droit, et un calcul dont les erreurs se propagent sur douze mois au lieu d'un seul.